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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Fanette Pocentek

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Gayaëll

Ci-dessous un extrait du roman. Pour le télécharger, cliquez ici


OUVERTURE

1. Minuit

Minuit, heure de l’horreur. Minuit, heure du crime. Minuit, heure de dormir. La dernière solution paraissait la plus sage, surtout après une journée de cours particulièrement éprouvante. Il avait suffi que le cours de sémiologie soit déplacé le matin, alors que pour l’après midi était déjà prévu l’habituel cours d’histoire de l’art, pour qu’Ailényde rentre ce soir là avec une migraine phénoménale, de celles qui l’obligeaient régulièrement à passer quelques heures allongée sur son lit, dans le noir, de peur que la lumière ne lui fasse exploser les globes oculaires.
Beaucoup pensaient sincèrement que les études qu’elle avait choisies étaient de tout repos, compte tenu du peu d’heures de cours prévues à son emploi du temps, et de la somme minimale de travail demandée pour avoir le diplôme. Beaucoup bien sûr ne voyaient que le bon côté des choses. Comment auraient-ils pu croire encore ça s’ils avaient subi les cours interminables de sémiologie pendant lesquels un semblant de professeur, proche de la retraite, réussissait à vous raconter ses dernières vacances et la moitié de sa vie en faisant l’analyse de Guernica ? Comment auraient-ils pu ne serait-ce qu’imaginer ça s’ils avaient suivi un cours d’histoire de l’art, plongés trois heures dans l’obscurité, à écouter les descriptions des muscles piriformes d’un Christ de la renaissance italienne peint par Cimabue (à prononcer à l’italienne avec un accent belge) ? Et comme si les cours théoriques n’avaient pas suffi à rendre la journée particulièrement longue, les cours pratiques exigeaient un rendu le lendemain, une toile à terminer, qui aurait sans doute à peine le temps de sécher avant la présentation.
Il était donc presque minuit quand Ailényde déposa enfin ses pinceaux, loin d’être satisfaite du résultat qu’elle regardait maintenant de loin, mais, bah, ça suffirait. Vu de près, le tableau présentait d’innombrables taches de couleurs, allant d’un vert marin à un roux doré. De là où elle se trouvait, la jeune fille avait une vue d’ensemble du paysage forestier qu’elle venait d’achever. Ici et là, plusieurs personnages, hommes et femmes, semblaient littéralement prendre racine, et sur leurs visages, se mêlaient la peur et la béatitude. Derrière les troncs noueux se pressaient plusieurs silhouettes, qu’on ne pouvait pas voir.
Détachant enfin les yeux de son chef d’œuvre, la jeune fille s’étira longuement, relançant ainsi le mal de tête qui s’était peu à peu estompé. Il était vraiment l’heure de dormir, si elle voulait pouvoir envisager la possibilité de réussir à se lever le lendemain. Elle franchit en traînant les pieds les quelques pas qui la séparaient de la salle de bain, et fixa son reflet dans le miroir. D’un geste, elle détacha la pince qui retenait ses cheveux, et elle sentit leur caresse au bas de son dos, sur l’espace de peau nue laissé par un pantalon qui descendait trop bas, et un tee-shirt qui s’arrêtait un peu trop haut. Elle avait toujours eu les cheveux longs, même si ses parents lui avaient souvent conseillé de les couper, histoire de changer de tête sans doute. Elle aimait trop la sensation d’être enveloppée et protégée, qu’elle ressentait quand elle les laissait libres de flotter autour de ses épaules.
Son visage était particulièrement pâle ce soir-là. Elle n’avait jamais eu la peau particulièrement bronzée, puisque de toute façon les blondes ne bronzent pas, elles brûlent. Ses yeux par contre, avaient pris une teinte particulièrement vive. Les jours de pluie, leur couleur virait légèrement vers le gris, mais le soir, surtout lorsqu’elle était fatiguée, ou qu’elle avait pleuré, leur teinte devenait presque métallique. Peut-être était-ce simplement le contraste du bleu avec le blanc rougi.
De retour dans la pièce principale, qui lui servait de chambre, de bureau et d’atelier, elle se laissa tomber à genoux sur son lit et éteignit la lumière. Plongée dans la pénombre, elle pouvait voir tout ce qui passait à l’extérieur. Sauf qu’à cette heure de la nuit, et dans un quartier aussi calme, il ne se passait rien. Mais la lune était belle, pas encore tout à fait pleine. Dans une atmosphère aussi tranquille, et avec une telle luminosité, il lui était impossible de manquer le moindre mouvement. Elle remarqua immédiatement du coin de l’œil la silhouette qui traversa la rue en courant, deux pâtés de maison plus loin. A cette distance, et bien qu’il fasse particulièrement clair pour une nuit, il lui était toutefois impossible de savoir à quelle espèce appartenait cette ombre. Un partie de son cerveau, sans doute celle à moitié endormie, proposa :
- Un chat ?
Une autre, encore vaguement en état de fonctionnement, se dit qu’un chat courait rarement sur les deux pattes arrière, mais après tout pourquoi pas. Ailényde se glissa sous les draps, pendant que les diverses parties de son cerveau continuaient à chercher une explication rationnelle à la présence d’un être aussi pressé au milieu de la nuit. Se doutant que la discussion risquait rapidement de dégénérer, elle décida que finalement elle n’avait pas besoin de savoir, que de toute façon il n’y avait rien à voler chez elle, qu’elle n’avait donc rien à craindre d’un quelconque rôdeur. Juste avant de sombrer dans le sommeil, une lointaine partie de sa conscience, encore éveillée, lui chuchota doucement :
- Une elfe.
Et elle sut que c’était sans doute la plus vraisemblable des suggestions.
Dans la toile, une ombre bougea légèrement derrière un tronc noueux.


Ci-dessous un extrait du roman. Pour le télécharger, cliquez ici

 

 

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