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Par Angelina

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Vengeance vampirique


La pluie tombait drue ce matin là et un vieil autobus amenait les gens à l’aéroport. Parmi eux, un personnage étrange qui semblait vouloir passer inaperçu. Un chapeau vissé sur sa tête, il regardait défiler les lumières de la ville, ses larmes coulaient au moins aussi souvent que l’eau pouvait ruisseler sur la vitre de l’autocar. Deux yeux d’un bleu vif noyé dans un torrent de larmes, Angelo le savait, il quittait sa vie. Le destin lui avait fait croiser le chemin d’un être de la nuit et sa vie venait d’être bouleversée. La peine le rongeait de l’intérieur, comment avait-il pu la laisser ainsi faire ?

Tout débuta par une nuit de pleine lune, elle marchait l’âme en peine dans les rues de la petite cité en proie à une forte tristesse. Ses pas la menèrent là où la veille, son compagnon avait touché le sol. Elle s’étonna d’avoir assez de cœur pour pleurer. Son compagnon lui manquait terriblement, c’était lui qui l’avait initié à sa nouvelle vie, c’était lui qui avait fait d’elle ce qu’elle était. Ses pas la menèrent sans qu’elle s’en aperçoive devant cette église. Le lieu exact de l’assassinat de son conjoint, elle se doutait que les choses allaient mal tourner, après tout, on ne peut s’attaquer à un homme d’église sans ne subir aucun courroux. Le prêtre était sorti et l’avait tué. Elle n’avait rien pu faire, elle l’avait regardé partir doucement en fumée alors que l’ecclésiastique enfonçait plus profondément son pieu dans le cœur de son amant. Elle songeait à sa vie, à son âme damnée, son passage dans cet autre univers et son apprentissage. Cela ne faisait que quelques dizaines d’années qu’elle était devenue vampire mais au fond d’elle ce fut comme si elle l’avait toujours désiré. Elle regarda l’immense bâtiment pointé vers les cieux comme un pont entre la vie et le spirituel. Son cœur lui dit de ne pas le faire mais son âme le souhaitait. Elle prit une profonde inspiration et poussa doucement la porte de l’édifice. Elle entra jusqu’au milieu de la nef, ses pas résonnant sur le pavé. Ce lieu l’apaisa, il était à la fois envoûtant et mystique. Les modestes rayons de lune traversaient les vitraux offrant au sol des couleurs pastels et douces à regarder. Elle fit quelques pas de plus laissant ses doigts caresser doucement le bois des bancs de messe. Ce contact fut merveilleux et elle se mit à nouveau à penser à lui. Son compagnon adorait le bois et son contact, il lui arrivait même de la comparer à une statue de bois entièrement polie. Il lui répétait que l’effleurement de sa peau lui faisait penser à celui d’un bois mûrement travaillé. Le son d’une cloche l’éveilla de ses pensées, elle sonnait vingt et une heures. Soudain, un jeune homme pénétra dans la nef par la sacristie. Il paraissait étonné de voir quelqu’un à cette heure.
« Veuillez m’excuser, Mademoiselle, dit-il d’un ton très doux, mais l’église est fermée. »
Elle l’étudia, ce n’était pas le prêtre qui avait tué son amant. Ce jeune homme était assez séduisant avec ses courts cheveux noirs de jais et ses yeux comme des gouffres. Elle s’excusa doucement et prit le chemin de la sortie. Son cerveau s’était remis à fonctionner comme il aurait du, passé la peine, il restait la volonté : celle de se venger. Elle quitta doucement l’église se disant qu’elle y reviendrait bientôt, un plan machiavélique se formait déjà dans son esprit.

Angelo marchait rapidement dans les rues de la cité, cela faisait quelques minutes qu’il se sentait suivit et il savait parfaitement qui se fondait dans l’ombre derrière lui. Il avait appris récemment l’existence des créatures de l’ombre comme il les appelait. Ces êtres inhumains damnés pour l’éternité qui se repaissaient des âmes et du sang des mortels. Il avait récemment trouvé un traité qui expliquait comment en venir à bout à jamais, il avait étudié la façon d’y parvenir et se tenait prêt. Si l’un des deux vampires qui le suivait l’attaquait, il saurait en venir à bout avant que le démon ne l’emporte. Il avait affûté un pieu de bois depuis des semaines. Il se sentait prêt. L’attaque surgit alors qu’il arrivait sur le parvis de son église. L’une des deux créatures se rua sur lui. Il y eut un violent combat durant lequel la bête essaya plusieurs fois de refermer ses crocs sur la chair d’Angelo mais le prêtre tint bon. Il parvint par une force quasi miraculeuse à faire basculer son adversaire et d’un geste félin lui planta son pieu dans le cœur. La créature ne toucha jamais le sol, elle s’envola en poussière bien avant. C’est alors qu’Angelo leva les yeux vers la compagne du monstre, une créature au moins aussi inhumaine que celle qu’il venait d’envoyer Ad Patres. Elle le regardait comme si elle n’avait pas comprit ce qu’il venait de se passer. Puis, subitement, la créature s’énerva, elle se transforma en démon, les diables qu’il avait déjà vu orner certains bas-reliefs, et fondit sur lui. Angelo hurla, cria de toutes ses forces, tentant vainement de fuir une issue qui serait de toute façon fatale. C’est alors qu’il ouvrit les yeux. Son corps ruisselait de sueur, il regarda autour de lui, il n’y avait ni diable, ni vampire, il était bien au chaud dans son lit. Il venait de faire un horrible cauchemar. Il resta quelques minutes à écouter les bruits de la nuit et n’ayant rien remarqué de suspect, il se replongea dans un demi-sommeil où les créatures de l’ombre allaient venaient.

Quand Angelo se réveilla le lendemain matin, ce fut comme s’il n’avait pas dormi de la nuit, cela faisait deux jours qu’il avait tué son premier vampire, deux jours pendant lesquels il n’avait pu dormir paisiblement. Ce matin-là, un brouillard à couper au couteau dévorait la ville. Le soleil ne se montrerait pas. En arrivant à son église, il croisa son jeune apprenti, Emilio, cela faisait quelques mois qu’il formait le jeune homme à prendre sa relève, il s’avéra être plus que consciencieux puisque tout ce dont le prêtre avait besoin pour l’office du jour était déjà prêt, à croire que le jeune novice ne connaissait pas le sommeil. Angelo profita de cet aide inespérée pour passer voir un vieil ami qu’il négligeait depuis déjà des mois. Le jeune Emilio eut donc la charge de l’église en attendant le retour du prêtre. Il était affairé dans son coin quand la jeune inconnue de la veille pénétra une nouvelle fois dans l’église. Le jeune disciple l’avait remarqué, elle était étrange et si mélancolique. Mu par un sentiment étrange, il vint lui parler.
« Je ne vous ai pas effrayé hier, je l’espère, commença-t-il.
- J’avais besoin de me recueillir, avoua la jeune fille d’une voix si douce et si pure que le cœur de l’homme se mit à battre un peu plus rapidement. Cela fait quelques jours que j’ai perdu mon compagnon et son absence pèse très lourd dans mon cœur. »
Emilio eut l’envie soudaine de prendre la main de la jeune fille dans la sienne, elle semblait si triste et si désemparée. Elle était très belle, sa pâleur devait sans doute venir de son manque de sommeil, son visage avait l’aspect d’une statue de marbre et ses traits si fins qu’on les aurait dits dessinés par les anges. Ses deux yeux d’un bleu profond étaient, par moment, bordés de larmes. Emilio bloqua sur les lèvres de la jeune fille, elles semblaient suaves et sensuelles, le genre de lèvres qu’on aimerait embrasser. Il chassa rapidement cette idée, il ne pouvait pas, il avait donné sa vie à Dieu. Il ne pouvait faiblir aussi facilement devant une femme mais celle-ci le fascinait. Il ne réfléchit pas un instant de plus, se convainquant que ce n’était que pour discuter amicalement avec l’inconnue, il l’invita à prendre un café au bar d’en face. Un sourire béat naquit sur ses lèvres quand d’une voix cristalline elle accepta.

Emilio avait passé la journée avec Lady. C’était comme ça que la jeune fille lui a dit qu’elle s’appelait. Il était enivré et par moment se sentait comme un serpent envoûté par le son de la flûte de son charmeur. Il ne pensait plus, il ne faisait que vivre le moment présent sans se soucier de ce qui allait arriver. Après tout, il pouvait aisément quitter les ordres, épouser cette fille et vivre heureux le restant de ses jours. Ce n’était pas tous les jours qu’il croisait une véritable poupée de porcelaine vivante. Elle était le calme, la douceur, l’élégance qu’Emilio n’avait jamais vu dans aucune fille. Soudain, alors que le soleil décroissait doucement, la jeune fille lui posa une drôle de question :
« Puis-je t’emmener dans un lieu que tu ne connais pas; dans une expérience tout à fait nouvelle ?
- Où veux-tu m’emmener ?
- Es-tu déjà allé en boîte de nuit ? »
Emilio se replongea alors dans ses pensées, il avait déjà visité ces clubs étranges et anarchiques qui déversaient de la musique à vous défoncer le crâne. Il n’aimait pas cette ambiance mais les yeux de la jeune fille fixés sur lui comme deux canons de fusil le firent changer d’avis et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ils étaient au beau milieu d’une musique chaotique et enivrante. Ils prirent une table à l’écart, là où la musique était assez affaiblie pour pouvoir se parler normalement. Le jeune ecclésiastique était hypnotisé par les yeux de la jeune fille, ils ressemblaient à deux diamants brillants dans l’obscurité des lieux comme un phare. Il ne se souciait plus de religion ou d’interdits, il vivait pleinement sa journée en compagnie de la plus charmante des femmes. Peu à peu, il se mit à observer la salle où il se trouvait et à, étonnement, apprécier la musique. Ce fond bruyant et chaotique était comme un cœur qui battait au son d’une musique entêtante. Lady la quitta quelques instants, Emilio se sentait à son aise dans ce monde qui lui était encore il y a quelques instants hostile. Il s’étonna même en commandant de l’alcool. La jeune femme revint quelques instants plus tard et déposa sur la table deux pilules bleues en lui demandant s’il voulait essayer. Le jeune homme savait qu’il avait devant les yeux l’interdit suprême, deux cachets de drogue. Il ne se sentait pas capable de le faire mais quand ses yeux croisèrent ceux de la jeune fille, il ne put dire non, il avança doucement sa main vers la table quand Lady le rattrapa. Elle se glissa à côté de lui et lui murmura.
« Je te propose quelque chose de mieux que ça, tu t’apprêtes à changer le cours de ta vie, je peux la changer du tout au tout. Je te propose une vie éternelle, quelque chose que tu ne peux pas refuser. N’as-tu jamais espéré avoir une sensibilité décuplée ? Que tes sens soient les mêmes tout en étant différents, comme un manteau de neige sur un paysage connu qui alors devient complètement méconnaissable ? Je te propose de vivre et de ne jamais mourir.
- Et que demandes-tu en échange ?
- Voyons, pourquoi être certain que je ne te donnerai pas ce que j’ai par pur amitié, sans rien exiger en retour ? Le vampire qui était mon compagnon est mort et j’en souhaiterai un nouveau.
- Un vampire, ce sont des créatures démoniaques dépourvues d’émotions, ils ne méritent que l’enfer.
- Oh non, mon jeune ami, ne crois pas qu’il y ait un Dieu ou un Diable, le ciel est comme l’enfer : vide. Nous ne sommes pas des monstres, juste une nouvelle race. Les hommes, par pur peur, nous ont classé dans les démons mais ce n’est pas le cas.
- Mais vous tuez des humains, c’est contraire aux Commandements.
- Quand tu empruntes son flux vital à un homme, il se passe quelque chose d’exceptionnel, vos deux âmes fusionnent pour n’en faire qu’une, vos deux cœurs battent à l’unisson, quand tu entends le sien faiblir, c’est là qu’il faut arrêter si tu ne veux pas le tuer. Tu n’es pas obligé de tuer pour te nourrir, contrairement à ce que tu fais en ce moment. Je ne penses pas que la vache qui te serve de nourriture gambade encore dans les prés à l’heure où son beefsteak est dans ton assiette. »

Angelo était inquiet, il n’avait pas vu Emilio depuis toute la matinée et il ne savait pas où pouvait se trouver le jeune homme à l’heure qu’il est. La lune montait doucement dans ce ciel, se cachant par intermittence dans les déchirures du brouillard. Le prêtre se dit qu’il devait à tout prix retrouver son apprenti. Son instinct lui disait qu’il lui était arrivé quelque chose. Il venait de sortir de son église quand un petit garçon vint à sa rencontre.
« Mon Père, j’ai un message pour vous. »
L’enfant glissa un morceau de papier dans la main du prêtre avant de s’éclipser aussi rapidement qu’il était venu. Angelo déplia le papier, il y était écrit à l’encre dans une écriture fine et enluminée :
« L’Enfer est pour les traîtres, le Paradis pour les justes, et si ces endroits étaient vides ? Celui que tu cherches est avec moi en ce moment. Sans doute au café d’en face ou peut être … Enfin, à toi de nous retrouver avant qu’il ne soit trop tard. »
La lettre était signée d’un grand L très travaillé. Le sang d’Angelo ne fit qu’un tour, il se précipita au bar indiqué mais le trouva désespérément vide. Le patron le salua vivement et s’étonna de le voir ici
« Je cherche mon apprenti, dit l’ecclésiastique, l’avez-vous vu ?
- Oh oui, il est resté toute la journée ici avec une jeune femme.
- Où sont-ils allés ?
- Je pense à la Piazza, la jeune fille parlait d’une boîte de nuit. »
Angelo remercia l’homme avant de foncer vers la boîte. Il était plus de minuit quand il y entra. Un tonnerre assourdissant régnait dans ce lieu de mal et de débauche. Il mit quelques minutes à repérer son apprenti et la jeune fille dans le malstrom d’adolescents. Il convergea le plus rapidement possible vers eux, son cœur battait la chamade. Emilio et la jeune fille n’étaient qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. Il vit la fille prendre quelque chose sur la table et le mettre dans sa bouche avant d’embrasser goulûment le jeune homme. Le prêtre accéléra le pas se frayant tant bien que mal un passage vers la table. Il perdit de vue son protégé mais quand il arriva à la table, il comprit alors l’horreur de la situation. La jeune femme avait purement et simplement disparut. Son apprenti se tordait de douleur ne parvenant pas à articuler quelques mots. Sa bouche était en sang, il semblait délirer. Angelo se signa devant le jeune homme puis baissant les yeux, il découvrit une nouvelle lettre.
« Je vous salue, Mon Père, si vous lisez ces quelques mots cela signifie que j’ai assouvi ma vengeance. On ne peut tuer l’un des nôtres sans en subir les conséquences. Votre apprenti est entrain de devenir comme nous. Si vous ne souhaitez pas une hécatombe à son réveil, il faudra malheureusement le tuer avant que sa transformation ne soit achevée. Ne prenez pas mes paroles à la légère, il tuera quiconque se trouvera devant lui, sans aucune distinction. Je vous laisse avec votre conscience et sachez que si vous espérez me rendre la pareille, votre châtiment sera encore plus douloureux. »
La signature était la même, Angelo sentit les larmes lui monter aux yeux. Il devait se convaincre que la personne qui s’agitait sur son siège devant lui n’était pas Emilio, son apprenti. Il savait que le vampire tenterait de se venger mais il n’avait jamais pensé que sa vengeance aurait un tel goût. Il prit une profonde respiration et enfonça profondément son pieu dans le cœur de son disciple. Puis, sans demander son reste, il se leva et quitta la boîte. Il erra une bonne partie de la journée à travers la ville avant de se décider à la quitter. Il devait s’instruire, apprendre tout ce qu’il fallait pour ne plus se faire avoir. Il venait de décider, il changerait sa vie, il vouerait sa vie à combattre ces créatures de la nuit, à les tuer une par une et ce ne sera qu’à ce moment là qu’il trouvera réellement le repos.


Fin.

 

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