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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Benoît 'Mutos' Robin

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La porte de Shéol


Sanctuary, août 2170


C'était il y a bien longtemps, en 2138. J'avais vingt ans et je crevais de faim dans les faubourgs de Bénarès. Alors sont arrivés les recruteurs de Light-Years. Ils avaient besoin de colons, des gars et filles bien bâtis, solides et forts, pour peupler une planète récemment découverte. C'était une chance pour nous. Nous survivions au jour le jour en marge de la vie officielle et on nous offrait brusquement de sortir de la fange. Le travail était dur mais sain, les conditions de vie que l'on nous décrivait était pour nous proche de l'abondance et les recruteurs nous promettaient la gloire de ceux qui étendent le territoire de l'humanité. Pas un moment nous ne pouvions deviner ce qui se cachait derrière ces offres.

Le L.-Y. Tenochticlan était un vieux bac, simple planétonef hâtivement reconstruit et équipé de distorseurs. Mais il nous faisait l'effet d'une merveille de cette technologie dont nous ne pouvions voir de près que les aspects répressifs et dont nous observions de loin les prouesses. Nous étions deux cents pour ce voyage, de jeunes gars et filles sélectionnés pour leurs bonnes santés et leurs dynamismes, prêts à coloniser toutes les nouvelles Terres que Light-Years voudrait bien nous octroyer. Le Tenochticlan était, nous disaient-ils, un transport spécial, discret en apparence, car les autres corporations politiques risquaient de saboter la colonisation si elles en avaient vent.

Pourtant, sans que nous ne le sachions, partout sur la Terre, des milliers de colons étaient ainsi embrigadés. Partout où les taudis proliféraient, dans tous les lieux où les miséreux étaient prêts à se raccrocher à n'importe quelle offre et où leur propagande pouvait porter, les recruteurs de Light- Years étaient là. Quant à nous, nous marchions comme un seul homme, ignorants que ce transport si spécial était loin d'être le premier et serait suivi d'innombrables autres. Nous ignorions surtout ce que signifiaient les mots savants au bas desquels nous avions apposé nos empreintes digitales. Ce n'est que bien plus tard, lorsque j'ai été instruit au sein des Commandos d'Harmand, que j'ai compris leur signification : nous étions légalement devenus des propriétés de Light-Years, abandonnant volontairement nos moindres droits. Une loi spéciale votée grâce au lobbying des Policorpos avait autorisé cela, entérinant ce qu'elles faisaient déjà depuis quelques temps : du trafic d'esclaves.

Lorsque le Tenochticlan entrepris son dernier saut, il n'y avait plus de colons à bord. Nous étions maintenant des soldats, des machines de guerre cybernétisées, fanatisées et entraînées. Light-Years avait été la cible d'une attaque traître, la planète que nous devions coloniser était occupée en partie par d’autres Policorpos et nous devions la défendre à tout prix. Des troupes régulières avaient été envoyées. Grâce à des vaisseaux plus rapides, elles étaient déjà sur place et nous devions les renforcer. Nous étions motivés, çà oui ! ARION, Kreuzer-Malcolm, les autres Corpos nous avaient frustrés de notre avenir. Venger Light-Years, c'était nous venger. Pas d'alternative, ou plutôt si, une seule : vaincre ou mourir.Ainsi, comme nous n'étions pas des soldats, nous avions été dotés de tous les implants susceptibles de nous donner une chance de survivre. Oh, comme les instructeurs insistaient sur ce point ! "Vous êtes invincibles, invulnérables. Le polycarbone sous votre peau, les viseurs rétiniens, les câblages pour augmenter les réflexes, le laser dans le bras, tout ceci fait de vous des surhommes." Curieusement la propagande faisait son effet et nous marchions à fond. Le sacrifice, que nous croyions temporaire, de l’humanité nous paraissait glorieux. Nous rêvions de combat, de victoire et de la récompense : cette planète merveilleuse pour nous tous seuls, sous la houlette bienveillante de Light-Years.

Nous sommes arrivés sur Ashioto en pleine horreur. Light-Years menait alors une attaque violente contre ARION. Nous avons été lancés d'orbite dans des capsules individuelles, derrière les lignes ennemies. Nous devions les harceler individuellement et rester cachés. A la fin, bien sûr, nous serions récupérés, nos implants seraient retirés et nous pourrions enfin nous installer sur la terre promise. Tout ceci relevait évidemment du mensonge, mais avant que le dernier d'entre nous ait été éliminé, il pourrait s'écouler des mois. Durant ce temps, nos commandos surarmés et fanatisés pouvaient faire bien des dégâts et distraire ARION des attaques principales. Bien sûr, tout cela, je ne l'ai compris que bien plus tard. Je n'étais alors qu'une arme, perfectionnée et coûteuse mais rentable. Modifié pour subsister presque sans nourriture, doté d'un générateur, d'un laser dans mon bras droit, la peau cuirassée, j'étais surtout animé d'un instinct meurtrier finement ajusté par les psychologues de Light-Years.

Pendant plusieurs mois, effectivement, j'ai été fidèle à mon programme. Je fus je crois celui de mon contingent qui a survécu le plus longtemps. Beaucoup trop longtemps, en fait. Nous étions en réalité classés CDT : "Commandos de Distraction Temporaire". Combien cette expression m'a fait rire lorsque je l'ai découverte, des années plus tard ! Ce rire même était macabre, car l'ensemble de la réalité l'était sur Ashioto...mais je m'égare. J'avais vécu trop longtemps et le doute commençait à me tenailler. Les ordres n'arrivaient plus depuis qu'un rendez-vous avec mon superviseur n'avait pas été honoré. J’errais sans but, détruisant encore, quasi-mécaniquement, tout ce qui portait un autre logo que celui de Light- Years.

Je me souviens encore clairement du jour où j'ai pris conscience d'avoir été conditionné. J'avais attaqué un campement d'ARION et anéantila dizaine de réguliers avant même qu’ils aient pu riposter. Un homme, grièvement blessé mais vivant, gisait à terre. Lorsque je me suis approché de lui, je devais avoir un aspect épouvantable. Mais il m'a fait face avec un courage inouï et m'a interpellé, me demandant pourquoi je l'avais tué. J'ai tiré pour le faire taire, mais sa question est restée en moi. Pendant plusieurs jours, j'ai réfléchi, éloigné des bruits des batailles, dans un lieu que je savais sûr. Light-Years m'avait trahi ! Light-Years m'avait menti ! Jamais je ne retrouverai la compagne que j'avais aimée sur le Tenochticlan ! Jamais je ne cultiverai le sol de cette planète ! Tout simplement, plus jamais je ne serai un être humain ! Alors à quoi bon me battre ? J'étais seul, sur une planète hostile où, les Corpos envoyaient à la pelle des gars comme moi, pour des raisons qu'il ne nous appartenait pas de comprendre, ni même de connaître. Même attaquer Light-Years n'avait aucun sens, si ce n'est celui de hurler ma révolte. C'est, néanmoins, ce que je décidais de faire, car, malgré tout, je ne pouvais pas rester passif.

Durant deux ans au moins, j'ai vécu d'embuscades, décimant les forces de Light-Years. J'ai tué plus d'une trentaine de cyborgs. Au début, je croyais naïvement que c'était d'eux que je devais me faire connaître. Etant mes semblables, je devais pouvoir les convaincre de la manipulation qui avait fait d'eux ce qu'ils étaient, de plus, ils étaient les seuls qui n'avaient pas peur de moi. La peur de ma proie faisait renaître l'instinct irrépressible du chasseur implanté en moi, me rappelant ainsi douloureusement mon conditionnement. Mais, à chaque rencontre, je dus tuer afin de rester en vie. A la fin, je connaissais les points faibles de chaque modèle, le lieu précis où l'impact de mon laser traverserait la cuirasse et détruirait un système sensible. Durant l'éternité d'une seconde, le cyborg désorienté devenait une proie facile. J’appris à connaître mon propre point faible, sous l'épaule droite, là où les câbles d'alimentation de mon laser passaient à fleur de peau, où cette dernière était plus mince. C'est pourquoi je portais une vague armure de bric et de broc, mais qui m'a sauvé la vie plus de fois que je ne saurai le dire.

Je vis pour la première fois George Harmand en novembre 2140. Il était à la tête d'une forte escouade d'exo-armures de Malcolm-Kreuzer, prise au beau milieu d'une embuscade tendue par Light-Years et ARION, alors alliés dans ce secteur. Lorsque je suis intervenu, la moitié de ses hommes étaient déjà tombés. La surprise, mes réflexes, l'aptitude d'Harmand à saisir au vol cette planche de salut ? Toujours est-il, que quelques minutes après, ils tenaient le terrain. J'allais m'enfuir, après avoir écrasé le dernier exo lourd de Light-Years contre un rocher, lorsque j'entendis Harmand qui m'appelait. Je fus paralysé par la surprise et l'admiration naquit en moi pour cet homme qui se permettait d'interpeller un cyborg. Alors que tout autre aurait fui en espérant que le métalleux - les humains nous appelaient ainsi - ne change pas soudain de cible, c'est en général ce que fait un métalleux face à la peur : l'instinct du chasseur. Courir est donc une mauvaise tactique... mais je m'égare encore. Il me remercia et me proposa, sous le regard stupéfait de ses hommes, de me joindre à son escouade. Je refusai, car je ne pouvais plus servir quelque logo que ce fût, mais il y gagna la vie. Je l'épargnais, lui et ses hommes. Je ne pouvais savoir combien importante serait cette décision.

Je ne le revis qu'un an plus tard, en effigie, sur un papier portant le logo de Malcolm-Kreuzer. Visiblement, ils lui reprochaient quelque chose, mais ne sachant pas lire, je ne pouvais en reconnaître plus. J'allais souvent revoir cette photo sur ce tract de Malcolm-Kreuzer, mais aussi sur des papiers portant un symbole que je ne pouvais identifier, car je ne l'avais encore jamais vu. Il s'agissait d'un simple cercle hérissé de pointes, duquel pendaient deux tronçons de chaîne brisés. Je ne savais pas encore qu'il s'agissait de l'emblème des Compagnies Rebelles. Le soldat régulier savait lire un minimum, les tracts, bien sûr, étaient un bon moyen de propager le doute dans les rangs ennemis. Mais, étant un cyborg, du cerveau duquel la lecture, si je l'avais connue, avait été extirpée au profit de choses plus "rentables", les tracts ne me servaient strictement à rien.

Pendant plusieurs semaines, j'interrogeais donc des gens qui savaient lire et pouvaient connaître la signification de ces messages. Ma persuasion, non naturelle, m'obtint assez facilement les informations dont j'avais besoin. Un nom : Georges Harmand, une étiquette : le renégat de Malcolm-Kreuzer, un job : le chef d'une unité de déserteurs. Je décidais de trouver cette unité. Eux pourraient me comprendre ! Eux avaient un espoir et une raison de lutter ! J'en avais assez de porter des coups dans le vide, vivant comme un sauvage, sans autre espoir que la survie et une révolte vaine. Avec eux, mes capacités, que je supportais de plus en plus mal, pourraient servir réellement à quelque chose.

Je mis plusieurs mois avant de prendre contact. Par deux fois, je tombais sur des patrouilles arborant les chaînes brisées ainsi, par deux fois, la peur les prit et, me sentant redevenir chasseur, je dus m'enfuir avant d'avoir à choisir entre leur vie ou la mienne. Enfin, la troisième fois fut la bonne. Je m'approchais doucement d'eux, les bras dressés vers le ciel, espérant prouver mes intentions pacifiques. Ils prirent cependant leurs précautions en m'escortant par trois hommes en armures lourdes. En arrivant au camp, je fut immédiatement amené à Harmand. Il me dit simplement : "Enfin, vous vous êtes décidé." Je répondis : "Vous aussi, je vois." J'appris alors la réelle chronologie de la lente révolte de son unité jusqu’à sa désertion finale.

Deux mois plus tard, je savais de nouveau lire le minimum vital, Harmond s'étant occupé personnellement de mon cas. J'étais l'un de ses atouts maîtres, un soldat infatigable, quasi-invulnérable, muni d'une terrifiante puissance de feu et, néanmoins, relativement discret. De plus, je connaissais parfaitement le terrain et j'étais rôdé au combat comme aucun de ses hommes. Il cherchait à recruter plus de cyborgs car il voyait en eux, à la fois les victimes des Corporations, et les soldats d'élite, dont il aurait besoin si ses Compagnies Rebelles voulaient survivre, voire gagner. Harmond voyait loin et sa volonté était impressionnante. Parfois, il me faisait peur, tant il semblait plus fait d'acier que nous, les cyborgs. Je ne l'ai vu pleurer qu'une fois, alors qu'il il était agenouillé devant le corps déchiqueté d'un cyborg transformé en véritable char d'assaut, une monstruosité sortie des esprits de stratèges devenus fous à force d'affronter Purgatoire. Le pauvre gars, à moitié sorti de son conditionnement, n'avait pu supporter ce qu'il était devenu et s'était réfugié dans une sorte de semi-folie. Tandis que nos psychologues croyaient l'avoir fait revenir à l'état de raison, une crise soudaine l'avait rendu fou furieux. Il avait massacré une dizaine de personnes autour de lui et nous avions dû employer un antichar pour en venir à bout. Encore aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de frissonner lorsque je repense à ce moment d'horreur pure.

Lors de mon arrivée dans les Compagnies Rebelles, sa garde d'élite comprenait déjà trois cyborgs et dix autres constituaient un corps d'agents spéciaux auquel je fus rattaché. Enfin, j'avais retrouvé une place dans une société et une certaine fierté. Malheureusement, je n'avais plus d'illusion sur mon sort, je n'étais plus humain et ne le redeviendrai jamais ! Les opérations de retrait des implants auraient coûté bien plus cher que celles qui m'avaient transformé. De toute manière, les Compagnies Rebelles ne disposaient pas de la technologie. Cependant un vague espoir m'animait encore: si nous gagnions cette guerre...mais comment aurions-nous pu gagner ? Notre seul but, en dépit de ce que proclamait Harmand, était de ne pas être détruits par le chaos qu'était devenue cette planète

Nous désirions seulement survivre mais le Capitaine Harmond continuait à vouloir plus. Deux ans après mon arrivée, j'étais devenu son second et le chef de ses commandos cyborgs, lorsqu'il prit contact avec Harushita. Je n'étais pas très enthousiaste même si ses arguments étaient forts,mais il est vrai qu’Harushita s'était tenu à l'écart des horreurs. Nous étions l'armée qu'ils n'avaient pas et ils étaient les soutiens dont nous manquions. Mais c'était toujours une Policorpo et cette simple réalité nous faisait hésiter. Seule la persuasion de Harmond nous avait entraînés dans cette aventure. Il est vrai que, déjà maintes fois, il avait pris des décisions contre l'avis de la plupart d'entre nous. A chaque fois ou presque, il avait eu raison. Les rares fois où il s'était trompé, il l'avait réalisé assez rapidement pour sauver la mise. Alors pourquoi ne pas tenter la chance, encore une fois, vu la particulière ampleur des gains potentiels ?

Nous arrivâmes au lieu de rendez-vous, par un boyau dissimulé, ancienne sortie d'une ville souterraine. Nos négociateurs avaient choisi l'endroit d'un commun accord. Nous pensions être les seuls à connaître ce passage, ainsi que quelques autres boyaux proches, dans lesquels nos hommes étaient déployés en éclaireurs. J'envoyais mes deux ailiers reconnaître le terrain. Déserteurs de Malcolm-Kreuzer, ils portaient en eux une des dernières découvertes de cette Corpo : des écrans qui leur permettaient de se fondre dans leur environnement immédiat, certes imparfaitement, mais mieux que le plus habile caméléon. Lorsqu'ils revinrent, ils apportaient un message très clair, les Harushita les avaient repérés, dès le début, car ils connaissaient déjà nos positions. En clair, ils auraient pu nous descendre facilement et ne rien faire était leur manière de nous prouver a contrario leur bonne volonté et leurs intentions pacifiques.

Les tractations s'éternisèrent des jours durant. Enfin, le Commandant Local de Harushita sur Purgatoire - puisque maintenant Ashioto s’appelait, officiellement, ainsi - et Harmond signèrent l'accord historique. Ce fut une grande fête dans tous les camps des Compagnies Rebelles, nous n'étions plus des pillards vivant sur du matériel de récupération, soignant nos blessés comme nous le pouvions et pourchassés par tous les protagonistes de cette guerre. Enfin, notre armée était reconnue, elle avait maintenant la base arrière et l'approvisionnement qui lui faisaient défaut auparavant.

Je participais à l'étape suivante, qui fut la médiation de Harushita dans les contacts entre Harmond et les Planétaristes. Le Capitaine, comme nous l'appelions toujours, bien qu'il fût maintenant très officiellement "Daimyo des Compagnies Rebelles pour Harushita", était hostile à toute tentative de récupération. Pour lui, les Compagnies Rebelles devaient bouter les Corporations envahisseuses hors d'Ashioto, laissant la planète sous le contrôle d’Harushita. Ensuite, il laisserait chacun de ses hommes libre de son choix. Les négociations furent longues, difficiles, mais aboutirent finalement. Harmond insistant pour ne pas transformer ses Compagnies Rebelles en simples Compagnies Planétaristes, je trouvai le terme d'Irréguliers pour rappeler la révolte qui était au cœur de son armée.

En 2151, nous fûmes invités à aider Harushita à se retirer du système Sol. La puissance des Planétaristes se consruisait dans le système Sanctuary, dont même le Capitaine ne connaissait pas la localisation. Harushita allait tenter d’y conduire une partie de sa population par un exode en masse. Pour ce faire, elle avait besoin de troupes de choc, afin de paralyser les autres Corpos le temps de l'évacuation. Avec l'appui des Planétaristes, nous parvînmes à faire franchir à près de 65.000 hommes le portail de saut menant vers Yodh-2. De là, par une route détournée en dix-huit sauts, les navires rallièrent Sol et déversèrent leurs troupes sur Mars et les stations. L'opération Hornet's Nest se solda par environ 15.000 morts dans nos rangs, sans compter les pertes des équipages des navires de combat qui avaient protégés, souvent au prix de leur vie, l'évacuation des personnels Harushita. Une population importante, toute dévouée à Harushita et au Planétarisme, compétente dans tous les domaines de l'industrie, avait pu être acheminée sur Sanctuary, ainsi que d'innombrables tonnes de matériel. La force armée Planétaristes allait dans peu de temps pouvoir enfin bénéficier d'armements du même niveau en quantité et en qualité que celui des Corporations. Désormais, le combat était égal.

Je me souviendrai toujours de cette folle journée pendant laquelle nous émergeâmes dans le système Sol, transports rapides des forceurs de blocus, vaisseaux de guerre de Harushita et corsaires des Libres Commerçants. Nous piquâmes sur les objectifs qui nous avaient été assignés. Le plan que j'avais mis au point et que je coordonnais depuis le croiseur Unchained Flag était clair : détruire et désorganiser les communications ainsi que les centres de décision en priorité, ne pas engager de combat avec des forces supérieures, frapper vite, fort, empêcher toute action contre les transports et se replier. En face, les Corporations réagirent en ordre dispersé ; jouant sur les indicatifs de nos vaisseaux, nous les entraînâmes à se lancer les unes contre les autres des frappes préventives. Durant une journée, le chaos régna dans le système laissant la voie libre à nos transports pour opérer l'exfiltration. Nous abandonnâmes à regret nos positions au bout de quelques heures, mais chacun savait qu'aucun renfort ne nous serait envoyé, et que nous ne tiendrions pas trois jours une fois les Corporations réorganisées.

Après cette opération, je pris ma retraite de l'armée. Harushita avait rapatrié sur Sanctuary un certain nombre de blocs opératoires, de très haute technologie, complets avec les chirurgiens. Ces spécialistes étaient d'un niveau incroyable, surtout lorsqu'ils m'apprirent qu'ils pouvaient refaire de moi un homme. Ce fut avec regrets que je dis au revoir à Harmond, mais les combats étaient finis pour moi. En tant que cyborg, ma technologie était dépassée, j'avais appris quelques nouvelles compétences et trouvé un passe-temps : la diplomatie. Entre des implants neufs et plus d'implants du tout, mon choix était rapidement fait.

J'avais même refusé de porter un simple téléphone crânien, pourtant ce qu'il y a de plus discret dans le genre. Malheureusement, il y a deux ans, j'ai dû réviser ce choix. Mon goût pour la solitude ne m'a pas quitté, pourtant j'ai dû m'incliner devant ma nouvelle fonction : le Président de l'Alliance Planétariste doit impérativement être joignable à tout moment.

Fin

 

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