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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Florentcelle
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Qui es-tu ?

Qui es-tu, toi ? Je ne te connais pas, et pourtant tu me connais. Qu'es-tu donc, toi qui me connais plus que quiconque ? Je ne sais pas si je dois employer « qui » ou « que », d'ailleurs. Pour simplifier, je vais dire « que ».

Qu'es-tu donc ? Tu observes ma vie, épies le moindre de mes gestes. Tu me regardes, d'où tu es (et où es-tu, je te le demande), tu me juges sur mon passé. Tu connais mon futur, et rien de ce qui me concerne n’est un secret pour toi.

Ô toi, inconnu qui me connaît, identifie-toi ! Je ne sais ce que tu es, mais tu en sais plus que quiconque, et plus que moi-même certainement, sur mon existence. Je ne sais quelle forme tu as, je ne sais pas si tu as une forme. Es-tu concret, es-tu abstrait ?

Je t'entends quelquefois, ou bien je crois t'entendre, qui sait ? Peut-être que toi tu sais. Et pourtant… Qui peut savoir tout sur tout ? Dieu, dit-on souvent...

Es-tu Dieu, es-tu l'être créateur, celui qui a tout fait, qui a tout vu, tout entendu ? Je n'arrive pas à le savoir. Es-tu un dieu, un concept, un animal, une personne ? Qu'es-tu exactement ? Tu me fais peur quelquefois. Je ne sais qui tu es, et pourtant je sens ton souffle chaud sur ma nuque, comme si tu regardais derrière moi ce que je fais. Je ne sens pas ton odeur, je ne te vois pas, j'entends quelquefois un faible mugissement. Et puis c'est tout. Ce son part quand je me retourne, et reviendra un autre jour. C'est sûr.

Es-tu le Vent ? Le vent peut être chaud, il peut glisser sur la nuque. Il peut mugir aussi. Mais le vent, on le sent. Sur la peau, les poils des bras dansent lorsque le vent souffle. Pourtant, lorsque je sens ce souffle chaud sur ma nuque, les poils de mon corps se hérissent, ils ne dansent pas. Au contraire. Quand je te sens, je sens le souffle chaud, et je n’ai pas d’autre réaction que la peur et la question de ta nature. Comme si j’étais inerte, ou impuissant.

Mais qu'es-tu enfin ? Je ne peux savoir, et est-ce que je veux le savoir ? Savoir ce que tu es est donc si dangereux ? Et pourtant, je le sens, je le sais, tu es inoffensif. Est-ce parce que tu es impalpable que tu es inoffensif, ou bien est-ce parce que tu ne veux pas blesser ?

Le vent fait mal parfois. Quand il est froid, la peau se craquelle, les crevasses se forment. Quand il est trop chaud, notre peau est rougie, et nous avons des coups de soleil. Tu ne me donnes ni crevasses, ni coups de soleil. De plus, le Vent peut être froid comme chaud. Tu n’es que chaud. Tu es donc autre chose. Pourtant, cela me rassurerait que tu sois le Vent. Je saurais, je saurais à ce moment-là que je n'ai plus à me poser de questions, que toutes mes interrogations sont vaines, et que je n'ai rien d'autre à demander.

Qu'es-tu ? Tu me suis lors de tous mes déplacements, et quelquefois j'ai l'impression de te suivre. Tu es cette chose qui me rassure quelquefois, me fait peur par moments. Tu me consoles, et tu me fais pleurer. Tu es quelque chose d'antithétique en soi. Tu es le noir et le blanc, le pour et le contre, le bien et le mal. Tu es un être d’opposition, et pourtant je me demande s'il est possible d'être une chose telle que toi. Je pense qu'on ne peut avoir de choses exactement à moitié bienfaisante, à moitié malfaisante. Tu es un être impossible, et tu n'existes pas.

Mais quels sont alors les petits sons que j'entends au creux de mon oreille ? Quel est ce souffle chaud que je ressens sur la nuque parfois ? Je te reconnais. Quand j'entends ces petits sons caractéristiques, je sais que c'est toi. Quand je sens le souffle chaud, je sais que c'est toi. Quelque chose qui n’existe pas ne peut pas émettre ce genre de choses, donc tu dois exister.

Je te reconnais, mais toi tu me connais. Suis-je donc fou ? J'entendrais donc des voix, tout simplement. Et pourtant, il me semble être sain de corps et d'esprit, même si l'on dit que les gens se sentant sains de corps et d'esprit sont les plus dérangées des créatures.

Qui es-tu ? Un jour, j'ai pensé que tu étais mon âme. Je me suis donc souvent concentré afin de te faire rentrer dans mon corps complètement. Un homme m'a dit que l'âme partait quelquefois, et qu'elle faisait le tour du corps. Pendant ces moments, il faut essayer de la faire rentrer, en se concentrant énormément.

J'ai essayé. J'ai trouvé mon âme. Ce n'était pas toi. Mon âme était bien à l'abri, dans mon corps, mais toi tu étais à l'extérieur, en dehors. C'était une expérience très intéressante. J'étais en dehors de mon corps, quelques secondes, et toi, je t'ai vu. Oui, je me rappelle t'avoir regardé avec attention. Je savais que c'était toi. C'était fabuleux de te rencontrer un jour, mais je ne me rappelle plus ce que tu étais. Un esprit ? Une âme errante ? Je ne me souviens que d'une chose, dans ce voyage, c'est que je t'ai reconnu, mais je ne me rappelle que de cette impression qui m'est si familière maintenant.

L'idée de l'âme errante, d'âme nomade est plaisante, et j'y réfléchis souvent. Quelquefois, je pense que tu veux entrer, t'immiscer dans mon corps, afin de trouver un domicile. Parfois ma bouche s'ouvre, et je sens tout d'un coup un grand bol d'air chaud envahir mon palais. J'ai remarqué que cela pouvait arriver l'hiver, j'en ai donc déduit que ce ne pouvait toujours pas être de l'air.

Je n'ai jamais essayé de te laisser entrer dans mon corps. Quand tu essayais, passant par la bouche, j'expirais et tu partais. Je pense que j'avais peur de te faire entrer. Je ne sais pas ce que tu es, et on m'a toujours dit qu'il ne fallait pas laisser entrer des inconnus dans sa maison. Mon corps est ma demeure, tu n’as donc pas le droit d’y entrer.

Mais maintenant tu mets de plus en plus longtemps à partir, et je crois qu'un jour tu devras rester dans mon corps. Cela arrivera un jour, et je le sais. Ce n’est de toute façon qu’une question de temps. Je ne sais pas ce que tu es, et pourtant je te conseille de ne pas aller dans cette vieille poubelle d'enveloppe charnelle. Je ne te dis pas ça pour que tu n'entres pas, au contraire, j'aimerais que tu entres, et bien que des fois je me demande si ce serait bien. Mais je te dis ça par amitié, bien que je ne sache si l'on peut être considérés comme amis ou non.

Ne viens pas dans mon corps, je ne le mérite pas. J'ai honte de mon corps, je ne veux pas te laisser entrer. Tu as l'air de faire partie de la perfection, et j'ai peur que mon imperfection ne te tache.

Et pourtant, pourquoi me suis-tu ? Ne devrais-tu pas suivre tes semblables, la perfection ? Es-tu seul au monde, toi ? Moi je ne suis pas seul. J'ai des amis, des collègues de travail, des enfants. Je suis quelqu'un de moyennement équilibré (pour un humain) qui connaît des gens équilibrés. Mais toi, connais-tu quelqu'un d'autre que moi ? Tu me connais par cœur, qui connais-tu d'autre ? Tout le monde ? Personne? Je me pose ces questions maintenant, et il me semble que c'est une des questions fondamentales, du moins pour moi : qu'es-tu ?

Qu'es-tu ? Je ne sais pas, et pourtant il me semble que je suis en train de me rapprocher de toi, et que bientôt notre réelle rencontre aura lieu. J'attends ce moment avec une impatience démesurée.

Je t'entends, je te sens. Tu es la petite voix qui souffle à mes oreilles des mots qui me réconfortent, tu es aussi ce souffle chaud sur ma nuque. Tu es la chaleur en train de rentrer dans ma bouche.

Je prends une grande inspiration, tu vas un peu plus loin dans ma bouche et je ne respire plus, pour ne pas te laisser sortir. Tu n’as pas de domicile, pas de connaissances, sinon moi. Je t’offre mon foyer, et tu sembles l’accepter, bien que j’aie peur que je ne sois qu’un piège pour toi. Tant pis, c’est toi qui l’as choisi, la chaleur descend le long de ma gorge, puis s'insinue dans tout mon corps. D'abord les alentours du cœur, puis les bras puis les jambes. Mon cœur seul n'est pas pris par cette chaleur immense, mais je sens que cela ne va pas tarder.

Je lève les yeux. Sur le verre du miroir, je vois que derrière moi s'élève une ombre immense, et je sais que c'est toi. Je te reconnais, sans te connaître. Ton ombre se prolonge, et va dans ma bouche, dans mon nez. Je sais que ces longs bras d'ombre sont cette chaleur, une chaleur qui commence à entrer dans mon cœur. De longs tentacules d'ombre m'enserrent le torse, tu me compresses. Je ne vois pas ton visage. Tu n'es qu'une ombre, et pourtant je te reconnais. J'ai vu des tas d'ombres dans ma vie, mais toi, tu es plus particulier.

Tu es une ombre spéciale, et je te connais plus que je ne le pensais auparavant. Je n'ai pas fait le lien, je pense. C’est la première fois que je te vois. Pourtant je n’ai jamais eu besoin de te voir pour savoir que c’était toi. Et là je sais encore que c’est toi cette ombre. Je t'ai souvent côtoyé, je t'ai souvent évité. Tu m'as vu, tu as essayé de venir dans mon corps, puis tu es parti, parce que je te repoussais. Tu es revenu, tu es reparti, jusqu'à maintenant.

Mon cœur est tout chaud, et je n'ai plus la puissance de te nommer. Je sais que tu es la Mort. Tu es venue me chercher. Voilà longtemps que je t'évitais, et maintenant mon heure est venue. Quand ma nuque sentait ce souffle, c'était que quelqu'un était mort, pas très loin. Ces sons si faibles dans mes oreilles étaient les cris de tes victimes. Pourquoi les entendais-je comme des paroles réconfortantes ? Peut-être pour la même raison que c’est la chaleur qui te définit. Tu es un être d’opposition, je l’avais déjà senti auparavant, et tu es à la fois la chaleur libératrice de l’âme, et la froideur qui s’empare du corps.

Je suis ta victime, et je suis là. Je suis pris dans les prolongements de ton ombre, dans toute ta totalité. Je suis au piège, bien que pendant un moment j’aie pensé que ce serait moi qui le ferai. Je me suis arrêté de respirer pour te laisser entrer. Mon cœur est noyé de ta chaleur, mais tout l'intérieur de mon corps est maintenant froid.

Je sais que c’est la dernière fois que je te parle, donc je te demande quelque chose, un petit service en quelque sorte :

– Je t'ai laissé entrer, maintenant laisse-moi sortir.

Fin

 

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