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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Hellbrother
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Une belle soirée


« Joyeux anniversaire, Karl ! » Lorenz avait bondi de derrière le sofa-frigo vert olive à l’instant même où Karl était entré dans son hébergement. La pièce était sobre avec un bureau, un hamac et un ordinateur.
Karl se remit de sa surprise première. « C’est vraiment gentil à toi d’y avoir pensé.
– Non, ça n’est rien, c’est normal.
– Eh bien, merci.
– Je ne fais que te souhaiter ton anniversaire…
– Ah, bon ? »
Lorenz eut un sourire niais. Il appuya sur le bouton derrière lui et une lumière s’alluma. Karl fut stupéfait. Derrière Lorenz, il y avait encore trois ou quatre pièces de plus que la veille, remplis de gens avec un verre de soda-fiesta qui lui souhaitèrent en chœur son anniversaire. Tous ses amis étaient là. Lorenz était le seul à avoir le code d’accès, il avait dû faire entrer tout le monde.
« Je suis très ému, souffla Karl, vous m’avez augmenté mon hébergement, c’est vrai que j’en avais besoin…
– Oh, non, s’écria un homme dans l’assemblée, c’est maintenant que tu vas en avoir besoin, parce qu’il reste le cadeau principal.
– Le cadeau principal ? »
Personne ne répondit, tous se déconnectèrent et Karl coi, finit par les imiter. Il pianota sa montre et ressentit cette légère piqûre dans le dos qui signifiait que son corps sortait de léthargie. Habituellement, il voyait d’abord une lumière, mais ce ne fut pas le cas là. Il recouvrit ses sensations peu à peu et sentit un bandeau sur ses yeux. On lui retira son casque, il entendit les piaffements et les éclats de rire ; le soda-fiesta devait faire son effet. On le tira brusquement hors de son fauteuil de connexion. On le fit sortir du bâtiment avec grand bruit. Il s’agissait du centre d’hébergement contenant plusieurs dizaines de milliers de fauteuils de connexion, ça n’était qu’un petit centre local, mais les prix de l’hébergement étaient convenables. Happé par le froid du soir, il entendit la sonnerie d’un télétransporteur, quelqu’un programmait les coordonnées. Une sorte de grand soupir assourdissant lui fit comprendre que la télétransportation avait effectivement eu lieu.
On le fit marcher, on le poussait toujours et il entendait toujours les cris de ses camarades. Là, d’un coup on lui enleva le bandeau. Il reconnut immédiatement la Tour Magnache. Tout le monde ne rêvait que d’elle. Ça coûtait une fortune, comment ils avaient pu se le permettre ? Ils s’étaient cotisés et avaient bénéficié d’une promotion exceptionnelle, disaient-ils. Oui, c’était aussi l’anniversaire de la Tour. Et puis ils rajoutaient qu’à ce jour c’était ainsi que cela se passait, on n’allait plus dans les bars ou dans les boîtes de nuit, on allait à la Tour. Karl se rappela que trois de ses amis s’étaient déjà endettés jusqu’au cou pour se payer les services de la Magnache. C’était à son tour. Quelqu’un chantait à tue-tête qu’on allait apprendre la vie à Karl. Folle et belle soirée. Karl n’avait plus le bandeau sur les yeux mais il e laissa pousser à l’intérieur tout de même.
Il se retrouva dans une entrée majestueuse. A droite, un hôte accueillait les femmes. Une hôtesse blonde avec un sourire faisant briller sa dentition s’approcha.
« Bonjour Messieurs ! »
Et, se tournant vers Karl. « Vous devez être Karl Lögland ? » Comme Karl acquiesçait, elle l’attira, prenant sa main, dans une pièce dans le fond à gauche. Karl parcoura ainsi un long couloir et se retrouva, après le passage d’une porte, dans un bureau. L’hôtesse le fit s’asseoir dans un fauteuil de connexion. Mais elle n’enclencha rien. Elle s’assit en face de lui, de l’autre côté d’un grand meuble, servant de table de travail, qui lui donnait un air nouveau. Karl pouvait voir sous la table les jambes de la jeune femme. Naturellement, elle portait une jupe, et croisait les jambes comme pour faire nettement voir qu’elle avait écarté le port de sous-vêtements.
« Monsieur Lögland ? Puis-je vous appeler Karl ?
— Euh… oui…
— Vos amis ont déjà réglé tous les aspects administratifs, il ne nous reste plus que le plus intéressant, susurra-t-elle avec un sourire avide. Nous devons choisir la femme de votre vie.
— Ah…
— C’est la première fois que vous faites appel à nous, c’est pourquoi je vais vous guider. Notre technologie de clonage ne nous permet pas de créer la femme devant vous. Mais nous avons en stock, figés à l’âge physique de dix-huit ans, des corps de femmes de tous types. Ne vous préoccupez pas de ses particularités psychologiques. Grâce à notre technologie de maniement mnémonique, nous forgeons sa personnalité selon le moindre de vos goûts et en la conformant à votre propre personnalité, selon les études les plus poussées en matière de psychologie et de sociologie. Le coup de foudre est garanti. Je vais vous poser quelques questions…
— Euh… D’accord.
— Quel type préférez-vous ? Nous avons de toutes origines ethniques, et de très nombreuses combinaisons de métissage…
— Euh… Rien en particulier…
— Des préférences physiques ? Blonde, brune, rousse ? Les yeux bleus ? Plutôt grande ?
— Ecoutez tout cela n’a pas d’importance. Tant qu’elle est belle…
— Vous avez tort de ne pas choisir ! Vous devez bien avoir des goûts, il s’agit tout de même de la femme de votre vie, et notre compagnie n’offre, sauf exceptions, qu’une seule chance. Vous comprenez que nous sommes tenus par les lois de bio-éthique et les textes fondamentaux concernant les droits de l’homme.
— Bah, l’important pour moi c’est qu’on s’entende bien.
— Sur ce sujet, faites-nous confiance ! Notre compagnie a cent pour cent de satisfaits. Bon, que voulez-vous ? Voulez-vous le catalogue ? Nous pouvons aussi tirer au sort…
— Pourrais-je voir ?
— Bien sûr. Acceptez-vous d’être connecté au magasin ?
— Oui. »
Le fauteuil s’alluma, et le casque lui couvrit la tête. Il se connecta. Karl se retrouva dans une pièce noire, dont il ne pouvait pas distinguer ni le sol ni les murs. Une autre hôtesse brune lui faisait face.
« Bonjour, monsieur Lögland ! Je vais vous présenter les corps les uns après les autres. Elles ont toutes un prénom, retenez celles qui vous plaisent. N’hésitez pas à nous faire connaître vos désirs. Sachez qu’il vous est impossible de toucher les corps, en effet il s’agit d’un programme virtuel. Prenez votre temps. »
Devant lui se déroula un tapis rouge et défilèrent comme des mannequins de mode, des jeunes filles plus nues qu’Eve. Elles se déhanchaient dans des postures parfois plus que sensuelles. Elles étaient plus belles toutes les unes que les autres. Karl n’arrivait pas en trouver une qui lui plût plus qu’une autre. Il brûlait d’un tel désir qu’il ne pouvait plus distinguer. Les filles se rapprochaient de lui jusqu’à qu’il sente sur son visage leur souffle. Elles lui murmuraient quelque chose qu’il ne pouvait pas comprendre ; il ne pouvait entendre que leur voix, toutes plus douces et sensuelles.
Karl fit l’effort de se calmer. Il demanda à voix haute que cela cessât. Le tapis rouge s’effaça et l’hôtesse brune vint lui demander s’il avait choisi. Karl souffla. Il demanda à revoir les filles du départ. Il remarqua qu’un panneau lumineux affichait leur prénom à chaque fois. Il essaya de s’accrocher à un détail, d’écouter plus ses propres sensations. Il arriva ainsi à écarter quelques prénoms. Mais quant à se contrôler, il en avait abandonné l’idée. Il finit par s’arrêter sur une jeune femme au teint mat et aux yeux verts particulièrement envoûtants, Lola. Karl indiqua son choix à l’hôtesse et se déconnecta.
Il se retrouva assis dans le fauteuil du bureau, avec sa blonde interlocutrice qui le fixait des yeux.
« Je vois que vous avez fini par choisir… Lola… Le prénom vous convient-il ? Voudriez-vous lui donner un nom spécifique ? Si vous êtes un peu pointilleux, nous pouvons lui donner un nom de famille, pour la cérémonie de mariage ; mais sinon, nous ferons cette cérémonie tout à l’heure, ainsi que le veut notre contrat de vente, que vos amis ont déjà signé pour vous…
— Ça ira.
— Passons aux questions psychologiques. Avez-vous des demandes particulières ? Sinon, nous la calquerons parfaitement à votre profil psychologique.
— Non, je ne veux rien de spécial.
— Nous allons donc établir votre profil. Veuillez accepter la connexion. »
Karl se retrouva dans un programme du même type que le précédent. L’hôtesse brune était là et lui dit le plus doucement du monde que son profil s’établissait et qu’on forgeait en même temps sa Lola. D’un coup la fille qu’il avait choisie se retrouva vêtue d’une robe de mariée juste à côté de l’hôtesse qui continuait de vanter les qualités du produit de son entreprise. Elle aurait des souvenirs précis de sa vie avant leur rencontre, elle croirait même qu’ils se seraient rencontrés dans la rue et que le contact avait été extraordinaire, un coup de foudre. Elle serait follement amoureuse de lui.
Et brusquement le programme s’arrêta, et Karl se retrouva déconnecté pour retrouver la blonde vendeuse qui toujours le regardait.
« Karl, Lola est prête. Vos amis vous attendent tous dans la salle des mariages. »
Elle se leva et le tira du fauteuil en le prenant par la main. Elle sortit d’on-ne-sait-où un boîtier de télétransportation et ils se retrouvèrent devant une grande porte de bois sculptée.
« Voilà je vous laisse, Karl. Quand la cérémonie sera terminée, le contrat sera parfait, vous n’aurez plus qu’à rentrer chez vous pour fêter ça avec vos amis et votre belle épousée. »
Elle ouvrit la porte et le poussa à l’intérieur. La salle était grande et était censée ressembler à une chapelle ancienne avec des vitraux. Tous ses amis étaient assis sur fond de musique d’orgue. Un autel noir trônait au bout de l’allée centrale dans laquelle se trouvait Karl. Il put apercevoir la blanche robe de Lola, agenouillée. Karl s’avança et, se retrouvant devant l’autel, il sentit Lola debout à ses côtés. Juste sous ses lèvres un micro était tendu. La musique s’arrêta. Une voix de stentor s’écria de nulle part :
« Karl, voulez-vous prendre Lola pour épouse ?
— Oui, répondit timidement Karl
— Lola, voulez-vous prendre Karl comme époux ?
— Oui, dit Lola de sa voix la plus ferme. »
Un grand silence.
« Représentant officiel des Etats et des Eglises, je vous déclare mari et femme ! Vous pouvez rentrer chez vous ! »
Tous ses amis hurlèrent de joie et on se télétransporta jusqu’au centre des connexions immobilières. On entra dans l’immeuble et chacun retrouva sa salle et son fauteuil. Quelle fut la surpris de Karl quand il se retrouva dans cette pièce sombre mais familière avec à son bras une étrangère, son épouse ! Et juste à côté de son vieux fauteuil de connexion au nom de Karl Lögland, un fauteuil neuf au nom de Lola Lögland, avec posé dessus un papier qui indiquait que le code d’accès de l’hébergement avait changé. Il entreprit de le mémoriser, puis il le tendit à Lola. Il s’assirent et se connectèrent.
L’instant d’après, ils étaient tous les deux assis dans le sofa vert olive, serrés l’un contre l’autre. Lola se blottit contre Karl et, le prenant dans ses bras, elle souffla d’une voix tiède : « C’est le plus beau jour de ma vie, j’en rêve depuis que je t’ai vu pour la première fois. »
Retentit une sonnerie aiguë. Les amis voulaient entrer. Les jeunes mariés se levèrent et Karl alla à la console, ouvrir l’accès, pour que la fête commençât.


Fin.

 

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