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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Thierry Mulot

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Le fils déchu

Ci-dessous un extrait du roman. Pour le télécharger, cliquez ici

Prologue

Je m’appelle Jean Châtel.
J’étais certain que j’allais vivre vieux et que j’aurais une belle vie. J’avais acquis cette certitude bien avant l’adolescence. Cela s’était imposé à moi comme une évidence. Je me voyais vieillard entouré par ma tribu : enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, posant leur regard tendre sur l’homme dont ils étaient le fruit. Je m’imaginais leur apportant toute la sagesse qu’une longue vie parsemée de joies, mais aussi d’épreuves, m’aurait donnée et eux, m’écoutant respectueusement au coin d’un bon feu qui aurait réchauffé mes pauvres articulations endolories.

Des conneries…

Petit à petit, ma vie ressembla de moins en moins à celle que je m’étais prévue dans ma jeunesse.
Je m’étais prédit un grand amour. Tout aurait pu être parfait si la distribution aléatoire des gènes m’avait doté d’un physique en rapport avec mes espérances. Malheureusement, dès l’âge de sept ans mes dents du maxillaire supérieur avaient décidé de pousser aussi loin qu’elles le pouvaient. Ma bouche trop petite pour de telles ambitions, les incisives plongeaient quarante-cinq degrés vers l’avant tandis que mes canines avaient décidé de prendre de la hauteur en démarrant un bon centimètre au-dessus de toutes les autres dents. Voyant ça, mon menton avait refusé d’avancer. L’ensemble donnait un aspect assez proche du Docteur Jerry dans « Docteur Jerry et Mister Love ». C’est joli, mais il faut vraiment être connaisseur. Les enfants et les ados entre eux ont un sens de l’humour particulièrement aiguisé, mais assez répétitif, dont l’axe principal consiste à se foutre de la gueule d’une tête de Turc. Il paraît que c’est un comportement qui vise à affirmer son appartenance à un groupe. Dès mon plus jeune âge, j’avais donc appris que marcher en regardant le bout de mes chaussures était encore le plus sûr moyen de m’éviter les railleries et autres quolibets.
Vers dix-neuf ans, je tombais en béatitude devant une fille de bonne famille. Elle était la beauté et la grâce incarnées. Le fait qu’elle ait daigné poser les yeux sur Quasimodo est longtemps resté pour moi un mystère. Toujours est-il que nous sommes assez rapidement sortis ensemble. Sûre d’elle malgré ses dix-huit ans, étudiante en droit, catholique pratiquante, elle avait été séduite, prétendait-elle alors, par mon esprit et mon intelligence. Je crois qu’elle me rêvait plus futé que je ne l’étais vraiment. J’avais commencé mes études de médecine. J’échouais la première année au concours. Catherine ne m’en tint pas rigueur et m’encouragea à tenter ma chance une seconde fois. Un soir d’orage, alors que nous étions seuls chez ses parents où elle habitait encore, après un repas un peu arrosé, nous fîmes l’amour pour la première fois. Catherine avait bien essayé de résister, mais avait fini par céder à mes avances, l’esprit embrumé par l’alcool. Ce fut peut-être le seul et unique orgasme qu’elle eut dans sa vie. Le vin avait dû l’aider un peu. La malchance voulut que le préservatif se déchire pendant nos ébats passionnés. L’inquiétude de Catherine céda place à la panique après quelques jours de retard de règles et au désespoir après la lecture du test qui nous indiquait que nous allions être parents dans quelques mois. Elle m’en voulut beaucoup, mais il n’était pas question d’avorter. La belle-famille organisa vite un mariage.
Je m’étais promis de devenir un grand chirurgien. Je ne sais pas si c’est ce mariage pendant le redoublement de ma première année qui perturba ma préparation ou tout bonnement mes insuffisances intellectuelles, toujours est-il que je me ramassais consciencieusement lors de ma deuxième participation au concours, ce qui me ferma définitivement la porte à tout avenir médical. J’en fus moins désolé que ma femme furieuse. Brillamment reçue cinquième sur sept cent soixante-trois à son concours de première année de droit, elle réalisait subitement qu’elle avait lié sa vie à un raté.
De mon côté, je décidais d’entamer des études d’infirmier. Catherine me harcela pendant plusieurs mois pour que je laisse tomber cette profession de bas étage et que j’entre dans l’entreprise de son père, Charles Beaumont. Ce fut un des rares moments où je tins bon devant ses volontés. J’aimais le contact avec les patients et je détestais tout ce qui avait un rapport avec la vente. Beau-papa avait une grosse entreprise de publicité qui employait au total plus de cinquante personnes qu’il payait au prix le plus bas possible. Le harcèlement de ma tendre épouse fit place à la froideur puis en quelques mois à un certain dégoût. Plus elle réussissait dans sa vie professionnelle, plus elle avait honte d’être ma femme. Nous sortions rarement ensemble. Son cercle d’amis n’était pas du tout le mien et je dénotais au milieu de tout ce gratin de la finance.
Entre-temps, ma fille Marie était née. Elle fut confiée à une nourrice catholique pratiquante, fut baptisée par l’archevêque de Rouen qui connaissait bien beau-papa, grandit au milieu d’une tribu qui m’était définitivement hostile et, dès son plus jeune âge, se mit à me mépriser également. Trois ans après sa naissance, l’humeur de Catherine se radoucit, elle devint beaucoup plus agréable à vivre m’invitant au restaurant et s’invitant même plusieurs fois dans mon lit. Je repris espoir jusqu’à ce qu’elle soit enceinte de son deuxième enfant. Je réalisai un peu tard qu’elle m’avait utilisé pour offrir un petit-fils à son père qui n’avait pas eu d’héritier mâle. Paul arriva, fût confié à la même nourrice, fût baptisé par le même archevêque machin-chose qui connaissait toujours aussi bien beau-papa, grandit dans la même tribu, et se mit rapidement à avoir pour moi les mêmes sentiments que sa sœur aînée.
Bien que non-croyant, je n’ai jamais réellement songé à divorcer. Je pense que mon enfance m’avait programmé au mépris. Mon père était autoritaire et dévalorisant, ma mère me regardait d’un œil compatissant, presque attendrie par ce pauvre chérubin si peu dégourdi. Quelque part, au fond de moi, ce mépris environnant me rassurait. Il correspondait à ce que mes propres parents avaient toujours pensé de moi. Je travaillais à l’hôpital où j’étais plutôt apprécié pour mes qualités humaines et un certain savoir-faire. Peut-être mon travail m’a-t-il également aidé à supporter ma famille et ma belle-famille. Catherine quant à elle respectait scrupuleusement les lois catholiques. Il n'était pas question qu’elle divorce. Son seul péché lui ayant valu la punition d’être mariée pour la vie entière à un être inférieur, elle prenait cela comme un châtiment divin, une croix à porter. D’aucuns auraient pu dire que son manque de charité envers son époux devant Dieu allait quelque peu à l’encontre des préceptes bibliques, mais je pense qu’elle me voyait un peu comme le serpent qui avait corrompu Ève, une sorte d’instrument du mal pour qui la compassion n’était jamais à l’ordre du jour.

Accrochée à cette bonne vieille ville de Rouen, où je suis enraciné depuis ma naissance, ma vie évolua ainsi jusqu’à mes quarante ans qu’on ne fêta pas plus que mes autres anniversaires. Ce vendredi-là, je terminai ma garde de nuit. N’ayant aucune envie de dormir, je décidai de ne pas rentrer tout de suite chez moi. Marie était à la fac, Paul au lycée, et Catherine, avocate d’affaires, à son cabinet. Après avoir pris un café dans un bar et traîné dans quelques boutiques, j’entrai dans un cinéma un peu avant midi pour y voir un bon film d’horreur, bien gore, dont la seule vue de l’affiche aurait fait se signer ma pieuse épouse. Ce qui m’est arrivé par la suite avait une chance sur un milliard de se produire.

En sortant du cinéma, je décidai tout à coup que la coupe était pleine. Je n’ai pas vraiment compris pourquoi. C’est arrivé pendant le film, dont la nullité était aussi évidente que celle des acteurs. J’eus tout le temps de penser et le déclic se fit. C’était comme si un interrupteur s‘était allumé pour me montrer ce qu’était ma vie. Je descendis au parking de l’espace commercial, montai dans ma vieille Peugeot et décidai d’aller manger un morceau au bord de la mer, à Dieppe. Le ciel était très gris ce jour de mai et il faisait plutôt froid, mais j’avais besoin de vagues. J’avais besoin de voir l’immensité des eaux et leur puissance indomptable. Une étrange paix, mélange de détermination et de clairvoyance, m’enveloppait tandis que je m’engageais sur l’autoroute. Quelques minutes plus tard, je roulais à 130 km/h en direction de Dieppe. Ce fut là que l’improbable se produisit. Une météorite de cinquante grammes est venue traverser le capot de ma voiture de part en part. Le truc de fou ! J’aurais eu plus de chance de gagner au loto. Si j’avais pris ne serait-ce qu’une demi-seconde de retard depuis ma sortie du cinéma (ou une demi-seconde d’avance) ce satané caillou serait tombé à côté. Je ne sais pas si vous savez (en fait, personne en ce monde ne peut le savoir puisque je dois être le seul à qui c’est arrivé), mais ça fait un drôle d’effet de voir l’avant de sa voiture exploser sans raison apparente. Bref, j’ai perdu le contrôle de mon véhicule, j’ai fait plusieurs tonneaux, et c’est un arbre qui m’a arrêté.

Je suis sorti de la voiture, et c’est là que j’ai remarqué le cratère laissé sur la route par la météorite. Je ne sais pas combien de temps je suis resté devant ce trou. Suffisamment pour voir des voitures s’arrêter, et entendre des gens téléphoner avec leur portable. Ensuite, les pompiers sont arrivés, puis une équipe du SAMU. Je les connais bien, car c’est là que je travaille en tant qu’infirmier. Personne ne semblait prêter attention à moi. Je suis allé vers eux, mais ils sont passés à côté de moi sans me regarder. J’ai essayé de crier pour attirer leur attention et leur dire que tout allait bien, que je m’en tirais miraculeusement sans aucune égratignure, mais aucun son ne sortait. Je les ai suivis alors qu’ils se dirigeaient vers la carcasse fumante qui avait été ma voiture. Les pompiers étaient déjà autour de l’épave et la découpaient. Une fois le toit enlevé, on devinait qu’ils sortaient quelque chose de la voiture. Je distinguais mal ce qui se passait et je me suis dit alors que j’y verrais mieux si je voyais la scène du dessus. Aussitôt, je me suis élevé dans les airs, je flottais. C’est quand j’ai vu mon corps sur le brancard que j’ai compris.

Ça fiche un sacré choc de se voir habillé en cadavre !

Ci-dessous un extrait du roman. Pour le télécharger, cliquez ici

 

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