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Money « Ton arme, elle me fait mal à la hanche ! » Même dans le vacarme assourdissant d’un gravi-métro bondé, les plaintes d’une femme se frayaient toujours un chemin. « Ecoutes, chérie, on en a déjà parlé vingt fois. Cette arme, j’en ai besoin, c’est mon outil de travail. Alors je la garde sur moi, en permanence. » Les geignements des hommes avaient quant à eux un peu plus de mal à se faire audibles. « Très
bien, mais ne me colle pas comme ça. Cette saleté me rentre
dans la cuisse ! » Leena esquissa un semblant de protestation comme sa face se peignait de l’expression du reproche, mais David fut le plus rapide et la fit taire d’un signe de la main. « On continuera l’engueulade plus tard, tu veux ? C’est qu’on va finir par empiéter sur l’intimité des autres passagers. » Et
il jeta un regard désolé à son anonyme voisinage.
Mieux valait faire bonne figure pour qu’il ne vienne pas à
l’idée de l’un d’entre eux d’aller réclamer
compensation pour le désagrément. Toujours rester près
de ses sous, voilà une chose que David, trente huit ans, trader
débauché, avait apprise, et une règle qu’il
s’efforçait d’appliquer à la lettre. « La prochaine… » Pensa-t-il. Voilà qui réglerait le dispositif pour obliger son fessier à se soulever dès l’approche de la station suivante. Ainsi, il pouvait se laisser aller en pensées vagues ou douteuses, il ne raterait pas l’arrêt. L’arrêt vint, et il se leva, comme prévu. Le système était infaillible. « C’est là ! » Indiqua-t-il bien inutilement à son épouse ; elle n’avait pas attendu son approbation pour faire mouvement. Malgré l’affluence étouffante, ils sortirent de la rame du gravi-métro sans encombre, Universalis prenant le relais à l’approche des portiques, réglant le flux des passagers avec une précision d’horloger. La cadence était parfaite, tout le monde trouverait sa place sans se bousculer. Le système était bel et bien infaillible. « La
cible devrait se trouver à une dizaine de mètres maintenant. » Leena
ne dit plus rien, mais elle afficha aussitôt une mine offusquée.
David avait remarqué cette habitude qu’elle avait de ne répondre
parfois qu’avec des expressions faciales. Bien que lui préférait
en général la neutralité, cette manie ne le gênait
pas outre mesure. Au contraire, il était curieux et puis cela permettait
souvent d’éviter de s’embarquer dans quelques interminables
discussions stériles. « Attends-moi là. » Lança-t-il à sa femme, qui ne se fit pas prier. David empoigna la crosse de son revolver et fendit la foule d’un pas ferme. Il avait appris à ne plus appréhender ses instants. Le premier contact avec la cible était déterminant. « Mister Hooles ? » C’était sa tactique d’approche, aiguiser la curiosité. Ce vilain défaut, c’était sa théorie, rendait inapte à la promptitude. « Oui,
c’est moi. » Répondit simplement l’homme,
d’âge mûr, à peine méfiant. « Que
me voulez-vous ? » Avant que l’homme n’ait pu tout à fait réaliser le contenu du laïus technico-commercial que David venait de lui débiter froidement, ce dernier levait déjà son arme pour ajuster sa mire. Une lueur bleutée fusa dans l’air à la vitesse de l’éclair, mais manqua sa cible, de peu. Le bougre avait encore quelques réflexes. « Saleté ! » Grogna David avant de placer un second tir qui, lui, fit mouche. L’omoplate droite de l’homme en fuite éclata dans un feu d’artifice sanglant, séparant le bras qui lui était relié du reste de son corps. Deux tirs, un cadavre. Après tout, pas de quoi se chagriner, les statistiques n’étaient pas si mauvaises. « Les munitions, c’est de l’argent » Ponctua-t-il, toujours près de ses sous… Remarquant la belle troupe de curieux que sa prestation avait ameuté, David leva les deux bras au ciel et les renseigna : « Tout va bien ! Je suis mandaté par l’Office International de la Justice Privée. Quelqu’un va venir nettoyer ça. » Sans plus de cérémonie, il s’en retourna vers Leena, considérant avec intérêt les quelques crédits que cette chasse lui rapporterait. « Justice
est faite. On rentre. » Leena reprit, railleuse, en s’éloignant, l’air désinvolte. « Tu
as oublié de paramétrer le règlement automatique
de ma R.M. Nous sommes officiellement divorcés depuis dix sept
secondes. » Fin
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