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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par novae

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« Ton arme, elle me fait mal à la hanche ! »

Même dans le vacarme assourdissant d’un gravi-métro bondé, les plaintes d’une femme se frayaient toujours un chemin.

« Ecoutes, chérie, on en a déjà parlé vingt fois. Cette arme, j’en ai besoin, c’est mon outil de travail. Alors je la garde sur moi, en permanence. »

Les geignements des hommes avaient quant à eux un peu plus de mal à se faire audibles.

« Très bien, mais ne me colle pas comme ça. Cette saleté me rentre dans la cuisse ! »
« Nous sommes mari et femme, non ? Il faut bien que ça se sache ! »
« Peut-être ! Toujours est-il que je ne comprends pas d’où tu tiens l’idée de ce job. »
« Ce job, je ne l’aime pas, figures-toi, mais il faut bien vivre. Et puisque la justice se monnaye, il faut bien quelqu’un pour la rendre, et ramasser les quelques deniers qui vont avec ne peut pas faire de mal. »
« L’argent ! Toujours l’argent ! »
« Oui ! L’argent ! L’argent c’est l’essence de notre monde. Mets-toi bien ça dans le crâne, tout se monnaye ici-bas. »

Leena esquissa un semblant de protestation comme sa face se peignait de l’expression du reproche, mais David fut le plus rapide et la fit taire d’un signe de la main.

« On continuera l’engueulade plus tard, tu veux ? C’est qu’on va finir par empiéter sur l’intimité des autres passagers. »

Et il jeta un regard désolé à son anonyme voisinage. Mieux valait faire bonne figure pour qu’il ne vienne pas à l’idée de l’un d’entre eux d’aller réclamer compensation pour le désagrément. Toujours rester près de ses sous, voilà une chose que David, trente huit ans, trader débauché, avait apprise, et une règle qu’il s’efforçait d’appliquer à la lettre.
Le signal de l’arrivée en station résonna directement à travers les circuits de son implant Universalis, greffé à son cervelet dès sa naissance. Opération coûteuse, mais obligatoire pour qui désirait que ses enfants puissent un jour s’épanouir dans cette grande société occidentale. Un outil bien pratique (au demeurant) qui, d’une simple impulsion nerveuse réglait à peu près tous les tracas du quotidien. Achats, info, communications… A vrai dire, il ne restait désormais à l’homme que la charge de ses besoins vitaux et primaires. De nos jours, la pensée était plus forte que l’acte.

« La prochaine… » Pensa-t-il.

Voilà qui réglerait le dispositif pour obliger son fessier à se soulever dès l’approche de la station suivante. Ainsi, il pouvait se laisser aller en pensées vagues ou douteuses, il ne raterait pas l’arrêt. L’arrêt vint, et il se leva, comme prévu. Le système était infaillible.

« C’est là ! » Indiqua-t-il bien inutilement à son épouse ; elle n’avait pas attendu son approbation pour faire mouvement.

Malgré l’affluence étouffante, ils sortirent de la rame du gravi-métro sans encombre, Universalis prenant le relais à l’approche des portiques, réglant le flux des passagers avec une précision d’horloger. La cadence était parfaite, tout le monde trouverait sa place sans se bousculer. Le système était bel et bien infaillible.

« La cible devrait se trouver à une dizaine de mètres maintenant. »
« Comment le sais-tu ? »
« Le relevé de ses habitudes. Le réseau vidéo m’a indiqué sa position. »
« Comment as-tu eu accès à tout ça ? »
« Tout se monnaye, ma chère, tout se monnaye ! »

Leena ne dit plus rien, mais elle afficha aussitôt une mine offusquée. David avait remarqué cette habitude qu’elle avait de ne répondre parfois qu’avec des expressions faciales. Bien que lui préférait en général la neutralité, cette manie ne le gênait pas outre mesure. Au contraire, il était curieux et puis cela permettait souvent d’éviter de s’embarquer dans quelques interminables discussions stériles.
Un bip que seul lui pouvait entendre lui annonça que la cible était toute proche. Effectivement, à deux pas de là, au milieu de la foule d’un lundi matin qui se pressait au bureau, il aperçu le visage de l’homme qu’il recherchait. Le pauvre n’avait pas une tête de condamné, une bouille plutôt sympathique en fait, et pourtant… Tant pis.

« Attends-moi là. » Lança-t-il à sa femme, qui ne se fit pas prier.

David empoigna la crosse de son revolver et fendit la foule d’un pas ferme. Il avait appris à ne plus appréhender ses instants. Le premier contact avec la cible était déterminant.

« Mister Hooles ? »

C’était sa tactique d’approche, aiguiser la curiosité. Ce vilain défaut, c’était sa théorie, rendait inapte à la promptitude.

« Oui, c’est moi. » Répondit simplement l’homme, d’âge mûr, à peine méfiant. « Que me voulez-vous ? »
« Mister Murdock a déposé une plainte contre vous, plainte qui a été reçue et validée par l’organisme dont je dépend. Je suis ici pour vous abattre. »
« Que… »

Avant que l’homme n’ait pu tout à fait réaliser le contenu du laïus technico-commercial que David venait de lui débiter froidement, ce dernier levait déjà son arme pour ajuster sa mire. Une lueur bleutée fusa dans l’air à la vitesse de l’éclair, mais manqua sa cible, de peu. Le bougre avait encore quelques réflexes.

« Saleté ! » Grogna David avant de placer un second tir qui, lui, fit mouche.

L’omoplate droite de l’homme en fuite éclata dans un feu d’artifice sanglant, séparant le bras qui lui était relié du reste de son corps. Deux tirs, un cadavre. Après tout, pas de quoi se chagriner, les statistiques n’étaient pas si mauvaises.

« Les munitions, c’est de l’argent » Ponctua-t-il, toujours près de ses sous…

Remarquant la belle troupe de curieux que sa prestation avait ameuté, David leva les deux bras au ciel et les renseigna :

« Tout va bien ! Je suis mandaté par l’Office International de la Justice Privée. Quelqu’un va venir nettoyer ça. »

Sans plus de cérémonie, il s’en retourna vers Leena, considérant avec intérêt les quelques crédits que cette chasse lui rapporterait.

« Justice est faite. On rentre. »
« Non, je ne crois pas. »
« Pardon ? »

Leena reprit, railleuse, en s’éloignant, l’air désinvolte.

« Tu as oublié de paramétrer le règlement automatique de ma R.M. Nous sommes officiellement divorcés depuis dix sept secondes. »
« Ah, oui. La Rente Maritale, ça m’était sortit de la tête. »
« Voilà. La prochaine fois tu y penseras. Mais comme tu l’as si bien dit, tout se monnaye ici-bas ! Bye bye mon cher ! »

Fin

 

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