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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Stephane Paul Prat

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Diagnostic Timor Mortis

A notre époque, tout est devenu possible et plus rien ne demeure secret. Les mystères de l’existence ont tous été résolus. Depuis longtemps, c’est la magie de la vie qui s’est envolée. Et avec elle la religion. Et aussi l’espoir. Alors, à présent, que nous reste-t-il à découvrir? Que pouvons-nous encore vouloir ? Rien en vérité. Même si certains le nient. Ceux-là ne s’en sont tout simplement pas rendus compte…
Cependant, une seule et unique chose a réussi à demeurer hors de portée de l’action humaine : c’est la mort elle-même. Et, la vieille relation qu’elle entretient avec l’Homme est restée toujours aussi mystérieuse dans ce monde de science, de rationalisme et de technique. Bien sûr, on a réussit à repousser les limites humaines de la vieillesse à des chiffres indécents pour les ancêtres des siècles passés. Bien sûr aussi, on s’est enorgueilli du développement des techniques médicales au-delà de toute espérance scientifique des années 2000, si bien qu’à présent, les hommes sont immunisés contre toutes les maladies possibles. Malgré tout cela, la Mort a résistée et demeure seule, incurable, irrémédiable.
Alors tous ces terriens, abreuvés de connaissances et d’informations infinies, vivent l’essentiel de leur vie devant un écran. Ils attendent la dernière heure avec la certitude qu’elle viendra, tôt au tard. Pour la majorité, cette fin inéluctable n’est qu’une simple constatation. Néanmoins, on observe toujours une poignée d’individus pour lesquels le poids de cette réalité est insupportable. Leur esprit ne peut accepter calmement cette idée. L’idée de la mort est trop effrayante pour eux.
Sans doute plus sensibles que les autres, ces personnes sont les victimes naturelles de la Timor Mortis.
Terme latin signifiant Angoisse de la Mort, la Timor Mortis n’est pas comparable aux simples craintes que nos ancêtres pouvaient connaître. Il s’agit ici d’une véritable anxiété qui relève du désordre mental. Cette peur obsessionnelle se propage dans l’esprit du patient avec une rapidité inexplicable et finit par le rendre réellement instable.
Ainsi, lorsque les autorités découvrent un nouveau cas de Timor Mortis, elles appliquent invariablement la même procédure. Sur la question, la médecine est depuis longtemps catégorique: il n’existe aucun traitement efficace à cette angoisse. Aussi, la seule solution prudente et rationnelle que préconisent les scientifiques demeure l’internement ou, devrais-je écrire ici à l’attention du lecteur étranger à notre société, la détention. En effet, il faut savoir que dans notre monde, services de police et services médicaux ont fusionnés depuis déjà longtemps en un organe commun appelé Police Psychiatrique. Cette symbiose des services publics résulte du fait qu’il n’existe plus qu’une seule et unique espèce d’humains rebelles et délinquants : ceux atteints justement de Timor Mortis.
Lorsqu’un de ces individus —appelés communément angoissés— est repéré ou dénoncé par son entourage, ce sont les agents de la Police Psychiatrique qui viennent aussitôt l’appréhender. Direction ? La Cellule, vaste centre de détention psychiatrique situé à quelques kilomètres de la ville et duquel nul prisonnier ne revient jamais.
Les angoissés ne sont pas seulement traités comme des malades ne pouvant que semer le désordre, ils sont en même temps considérés comme des criminels potentiels, d’où leur statut de prisonniers. En conséquence du danger qu’ils représentent pour la société, il est hors de question de ne pas les mettre à l’écart du monde. Enfin, puisque les médecins affirment que la Timor Mortis est un mal incurable une fois contracté, la détention ne peut donc être que perpétuelle.
Ils m’avaient diagnostiqués atteint de cette maladie. Sans doute l’étais-je…
Quelques temps auparavant, presque par hasard, j’avais pris conscience de la mort et sa venue inéluctable m’avait inquiété profondément. C’était en Juillet. La journée s’annonçait radieuse puisque la Météo Mondiale avait prévue des averses fréquentes pour la journée, ce qui offrait une bonne occasion d’humidifier les champs en télé-culture.
Profitant des quelques heures de mon repos hebdomadaire, j’avais décidé de mettre un peu d’ordre dans les vieilleries entassées dans mes coffres de rangement. Très vite, j’y découvrais plusieurs livres anciens de la famille. Ils dataient de l’époque de mon arrière grand-père dont certains étaient rédigés par mon aïeul lui-même. Surpris par cette trouvaille, je me plongeai dans l’étude des ces vieux ouvrages, non sans une certaine méfiance quant au défaut de connaissance que je risquais de rencontrer dans cette lecture... Très vite pourtant, mes réserves s’estompèrent et je ne pouvais plus m’arrêter de parcourir ces lignes d’une époque révolue.
Expliquer tout ce que j’y découvrais serait à présent une pure perte de temps. Mais, je veux dévoiler au lecteur à quel point ces œuvres ont pu modifier ma façon de raisonner. Les réflexions sur la mort que j’y lu ne tardèrent pas à provoquer en mon âme et conscience un bouleversement irrémédiable. La vision du passé devenait mienne, en ce point comme en d’autres. La mort m’apparut alors comme une fin bien triste et tout bonnement insoutenable sans la croyance en un après. Le concept de religion n’était pas encore tout à fait acquis à mon esprit mais je saisissais déjà toute l’importance de ce type de doctrine spirituelle afin de trouver une raison au terme de la vie. Les lectures ouvraient mon esprit quant à ce qu’il y avait d’effrayant dans la mort sans pouvoir trouver une véritable façon de me calmer, comme le faisaient nos ancêtres, par le biais de cette religion qui m’était étrangère... Ce Dieu auquel ce référait mon arrière grand-père, comment pouvait-il y croire ? Comment donc pouvait-il espérer le « salut » de son âme ? Malgré toute notre science, j’ai peur que ces points là demeurent, malheureusement pour nous, à jamais perdus…

Bien que je ne m’en étais pas tout de suite rendu compte, ces découvertes avaient non seulement bouleversées mon esprit, mais aussi mon comportement. Il avait bien fallut qu’il en fût ainsi pour que la Police Psychiatrique soit alertée et vienne me chercher…
C’était arrivé un soir. Je m’apprêtais à rentrer en sommeil artificiel lorsque soudain, la porte trembla sous le tambourinement de coups violents.
Ils s’annoncèrent avant que j’eu le temps de poser la moindre question. La seconde suivante, ils ouvraient la porte avec leur passe général.
Ébahi, je les regardai débarquer dans mon appartement. Leur chef se planta devant moi. On me lut le mandat de perquisition, puis le mandat d’arrestation enfin, l’acte de pré-jugement. Ensuite, un agent me ligota tandis que ses collèges commençaient à fouiller l’appartement. La perquisition ne dura pas longtemps. Les vieux ouvrages furent incinérés sur place. Aussitôt, je fus emmené.

Et à présent, je suis là, cloîtré dans une des centaines de chambres de la Cellule. Un silence terrifiant règne au travers des couloirs comme si l’immeuble entier était vide. Pourtant, je sais bien que je ne suis pas seul. Quand je songe aux descriptions faites dans les ouvrages du vingt-et-unième siècle, la différence m’apparaît flagrante entre La Cellule et ces lieux que l’on appelait « prisons ». J’ai cru comprendre que ces endroits étaient bruyants, dangereux et insalubres. Ici, c’est tout le contraire.
On m’apporte régulièrement des rations de nourriture et je dispose d’un confort, certes spartiate, mais suffisant à mes occupations. Le plus important pour moi reste surtout de pouvoir rédiger ces notes que vous parcourez actuellement... Et, les écrire décharge à la fois mon âme et mon esprit de tous ces évènements.
J’ai aussi besoin de confier mes craintes quant au sombre avenir qui m’attend. Car, je l’ai déjà expliqué, on ne soigne pas les angoissés, parce que la maladie est considérée comme étant incurable. L’État ne peut se permettre d’entretenir des êtres devenus inutiles à la société. Moi et tous mes semblables, en pénétrant dans cet asile, avons été bannis de la vie. Nos appartements et nos biens ont été revendus afin de rembourser les frais de notre incarcération. Il s’agit donc d’un aller sans espoir de retour…
Ah ! Mais voilà que se présente à moi le bourreau…
Quelques heures plus tôt, je leur avais demandé un prêtre ; ils avaient rit.
Et maintenant, on insiste pour que je cesse d’écrire. C’est le moment…
Curieux, je n’ai plus peur de la fin…

Fin

 

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