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Hispaniola,
1493 Plusieurs excursions dans cet univers de plantes et d’arbres divers furent organisées avant que je n’eu réuni suffisamment d’échantillons me permettant de dresser un commentaire efficace de la flore environnante. Lorsque ce fut terminé je n’avais plus de raison de m’aventurer dans cette jungle ; ce qui me soulagea grandement. Un soir, pourtant, je me rendis compte qu’un échantillon de ma collecte avait souffert de l’exposition intense et prolongée au soleil. Il me fallait donc y retourner le lendemain afin de récupérer un autre échantillon que je préserverai de la lumière. Malheureusement ce jour-là je ne pus trouver les deux indiens qui m’avaient accompagnés dans mes précédentes explorations, et je dus partir seul, les autres hommes étant occupés à leurs tâches respectives je ne pouvais me permettre de les interrompre. Après avoir déjeuné, je me mis donc en route vers cette jungle avec ma machette, une gourde d’eau fraîche, ma besace pleine de bocaux où je placerai mes nouveaux prélèvements et mon carnet de notes dont je ne me séparais jamais. En tranchant, ici et là, une liane et en creusant une entaille dans certains troncs d’arbres, je marquai le chemin emprunté afin de ne pas me perdre dans ce fouillis végétal. Après une ou deux heures de progression difficile au cœur des herbes hautes et des broussailles épineuses, je débouchai finalement sur une vaste clairière d’herbes rases et d’arbres bas. Au centre se dressait discrètement un petit amoncellement de pierre et, à l’opposé, je vis l’inextricable fatras de lianes épaisses qui barraient le passage que l’indien m’avait interdit d’emprunter. Je compris alors que j’étais parvenu de l’autre côté de ce passage interdit par un autre chemin, et l’idée de me trouver dans l’interdit même me fit frissonner. La curiosité gagna du terrain sur mon inquiétude et je m’aventurai d’un pas prudent dans cette vaste clairière ; prêt à fuir au moindre mouvement ou bruit inattendu. Je me dirigeai, lentement, vers le petit monticule de pierre et, lorsque je fus à distance suffisante, je vis qu’il s’agissait d’une sorte d’autel de roche verte couverte de symboles et de glyphes étranges. Devant cette manifestation d’une religion païenne je me signai et fis demi-tour toujours aussi prudemment. Je regagnai le fortin sans encombre, retrouvant aisément ma route grâce aux traces laissées derrière moi. J’avais récolté mon échantillon manquant et j’étais bien décidé à le préserver de la lumière cette fois-ci pour ne plus avoir à remettre les pieds dans cette jungle.
Le soir arrivé, à mesure que l’obscurité gagnait du terrain sur la faible lueur d’un soleil couchant, je sentais une étrange sensation me submerger. Une indéfinissable impression que je ne parvenais pas à identifier bien qu’au fond de mon être, je savais parfaitement à quelle nature elle appartenait. Il s’agissait de la peur la plus insidieuse qui puisse exister. L’effroi et la terreur, la panique et le doute, l’attente et l’anxiété, le silence et l’horreur. Tout était réuni dans cette même peur qui me clouait littéralement à mon siège que je n’avais pas quitté lorsque le corps évanoui d’Hernan fut transporté sur son lit, il y avait déjà quelques heures. Quelque chose de surnaturel flottait dans l’air. Quelque chose qui finit d’agrandir la peur qui me tourmentait. La nature, au dehors, vivait dans un étrange silence. En cette heure habituelle où ils se manifestaient, aujourd’hui, aucun des animaux nocturnes ne se faisait entendre. Aucun vent marin ne venait souffler dans le feuillage dense des arbres. Aucune vague ne venait perturber la paisible ondulation de la mer. Seul le crépitement des torches venait rompre ce calme oppressant ; ramenant par instant mon esprit inquiet vers des bruits terre-à-terre réconfortants qui ne parvenaient cependant pas à ôter cette peur lancinante qui m’habitait... Au milieu du chaos silencieux de cette étrange nuit un hurlement halluciné se fit entendre dans le fortin et me tira de ma torpeur attentiste. Hernan venait de se réveiller dans un cri abominable et, pris d’une folle panique, se précipita vers la jungle dans une course effrénée que nul homme ne parvint à stopper. Au loin, dans ce vaste univers végétal plongé dans les ombres menaçantes de la nuit, on entendit ses hurlements déments jusqu’à ce que le silence ne l’avale à son tour pour remettre en ordre le mutisme environnant. Lorsque, si soudainement, les cris de cet homme en proie au délire prirent fin, la peur qui jusque là habitait chacun de mes membres s’insinua dans chaque homme du fortin, et tous se mirent à jeter des coups d’œil inquiets au ciel lorsque l’un d’eux nous fit remarquer que nulle lune ne venait jeter sa lueur diffuse sur l’océan. Une nuit sans lune ; un bien mauvais signe aux vues des derniers évènements de la journée. Chacun se signa pieusement et récita quelques prièrent, destinées à nous protéger de la folie qui avait engloutie Hernan lorsque, loin sous les arbres du cœur de l’île, se souleva cet indicible soupir qui interrompit les prières. Un frisson de terreur glacée parcourut le fortin. L’affolement devint total quand un atroce cri guttural se répercuta longuement dans les ombres de la nuit ; entraînant la reprise des innombrables bruits de la nature dans un flot précipité et frénétique de hurlements sauvage. Seule la mer restait silencieuse. Dominant les timbres des animaux affolés, le sifflement suraiguë semblait se mouvoir lentement au cœur de la forêt ; l’ampleur du souffle strident augmentait peu à peu. L’invisible était en marche. Jamais nous n’aurions dû venir sur cette île. Jamais nous n’aurions dû trouver cet autel. Jamais Hernan et Bernal n’auraient dû voler les offrandes destinées à ces ombres souveraines des secrets de la nuit. Nous aurions dû écouter Guacanagari le Roi pendant qu’il était encore temps et partir au plus vite de cette île ; construire une embarcation de fortune et fuir. Mais il était maintenant trop tard pour prendre tout cela en considération. Le malheur se rapprochait maintenant de plus en plus vite alors que nous entendions le rythme des voix indiennes et leurs tambours ponctuer le soupir d’ombre. Les Arawaks revenaient vers nous pour faire fuir ces secrets invisibles comme la fois précédente. Voilà ce qui a dû traverser nos esprits lorsque nous les entendîmes au loin. Mais nous nous rendîmes progressivement compte que leurs voix semblaient répondre aux hurlements sinistres et suraiguës qui s’élevaient de la jungle entre les soupirs lancinants, et nous fûmes dès lors saisis d’une nouvelle sensation étrange, plus grande encore. Le danger semblait plus présent que jamais. Il semblait que les Arawaks répondaient aux appels de ces invisibles entités et venaient à leur rencontre pour venger la profanation de leur autel. Les voix et les hurlements étaient maintenant à la lisière de la plage. Le fortin était à portée de vue pour ceux qui étaient tapis dans l’ombre, mais nous ne parvenions pas à voir quoi que ce soit sortir des ténèbres environnantes ; nos torches n’illuminant pas un périmètre suffisamment large. Le rythme assourdissant et ininterrompu des tambours se mêlait à la mélopée macabre que les indigènes chantaient, alors qu’à la frontière de la lumière de nos torches s’élevait un souffle étouffé et un pas saccadé glissant sur le sable ; rôdant comme à la recherche un passage d’ombre dans la lumière. Au moment où nous comprîmes que cette entité étrangère d’ombres soufflantes ne pouvait franchir ce mur éclairé, les indiens se turent et seul le souffle pesant des ténèbres nous parvenait maintenant avec une telle proximité que c’en était irréel. La force invisible était là. Elle se tenait, tranquille, face à la porte de notre bâtiment. Elle attendait patiemment, sure de sa puissance, et son souffle inhumain pesait sur nos âmes, glaçant le sang qui circulait dans nos corps tremblants. Tous nous étions désormais armés, ayant récupéré les quelques armes à feu laissées dans la remise en cas de conflit violent avec les indiens, mais il nous était difficile de croire une seconde que ces moyens seraient d’une quelconque utilité contre ce qui nous faisait face dans la pénombre. L’attente de ce qui allait suivre était devenue insupportable ; le silence régnait autour de nous et seule cette respiration insolite venait troubler la quiétude angoissée du fortin. Derrière les grands arbres invisibles de la forêt les indiens se tenaient, silencieux, alors que les torches accrochées au mur de notre bastion de bois brûlaient toujours ; tenant en respect ce qui se dressait devant nous. Un hurlement déchirant se souleva brusquement d’où venait la respiration ; véritable plainte sortant des noires gouffres d’un monde interdit, et une masse méconnaissable fut projetée sous l’éclairage des flammes avant que le mystérieux bruit de pas glissant ne s’éloignât rapidement, dans un souffle étouffé. Les Arawaks quittèrent certainement les lieux au même instant car plus aucun bruit ne se fit entendre derrière les arbres, mise à part cette sinistre plainte lancinante qui, bientôt, s’arrêta, loin enfouie dans le cœur de ce monde végétal. Nul homme n’eut le courage de s’aventurer en dehors du fortin pour examiner cette forme sur le sable ; même protégé par la lumière des torches, et nous attendîmes le lever du soleil pour nous enquérir de ce dont il s’agissait ; passant le reste de la nuit dans un silence terrifié et dans une immobilité béate. Lorsque l’aube arriva au petit matin, tous nous sortîmes de l’enceinte de bois pour examiner cette forme étrangement asymétrique qui gisait sur le sol sablonneux depuis le milieu de la nuit. Après l’avoir retournée, le dégoût s’empara de nos âmes horrifiées en découvrant les visages à demi brûlés de Bernal et d’Hernan, recoupés et collés sur une énorme roche verte incrustée de bijoux en or. Autour de nous, là où le souffle s’élevait durant la nuit, aucune trace de pas n’était visible ; le sable était aussi lisse qu’il ne l’était après les violentes bourrasques de vents qui avaient précédées la tombée de la nuit. Nous ne pouvions guère plus rester ici, nous ne le devions pas. Décision fut prise de construire rapidement un navire avec le bois que nous regrouperions dans la journée, et sur lequel nous embarquerions pour nous éloigner de cette île macabre où la mort nous guettait inlassablement depuis quelques jours ; peut être même depuis notre arrivée. Nous n’avions nulle idée de l’endroit où nous pourrions nous réfugier mais l’important dans l’immédiat était de fuir cet enfer au plus vite. La peur et l’horreur atteignirent des degrés inexprimables, innommables le soir même qui suivit cette nuit terrifiante. Nous avions ramassé du bois en grande quantité tout au long de la journée pour fuir cette île diabolique, mais l’avancée même de la construction de l’embarcation n’en était qu’au début et la nuit approchait rapidement, amenant avec elle son nuage de menaces lugubres et de dangers dissimulés. Le crépuscule déversait sur les hommes une insidieuse et latente aura d’angoisse qui devenait plus palpable à mesure que les minutes s’écoulaient. Tous nous devenions nerveux, facilement apeurés par le moindre son qui s’élevait de cette vaste étendue de mystères devant nous, obstruée par la masse d’arbres et de plantes en floraisons iridescente. Le soleil se coucha anormalement vite ce soir là et, avant que l’obscurité n’ait avalé chaque parcelle de l’île, on entendit un long cri lugubre s’élever de la jungle. Nous précipitâmes alors les évènements, nous ruant à l’intérieur de Navidad où nous nous empressâmes d’allumer les torches et d’en aller chercher d’autres que nous disposâmes, ici et là, sur la plage, autour du fortin, pour reculer l’espace d’ombre propice à la progression du souffle invisible. Le chaos noir de la nuit était maintenant total au dessus de nos têtes. Depuis les fortifications de bois du petit bastion on pouvait voir s’élever de nombreux points de lumière produits par nos torches sur une large étendue. Le ciel était clair et dégagé, la ronde lune éclairait nos regards de sa pâle et froide lumière de mort et les étoiles scintillaient dans des éclats malicieux ; comme s’amusant de cette peur qui s’était emparée de nous. À nouveau la plainte se fit entendre mais elle était plus proche, plus longue ; plus terrifiante par cette durée et cette proximité. La crainte de voir surgir des ombres les cris et les souffles, matérialisés en d’atroces images sorties des allégories des plus affreuses légendes, était maintenant à tel point présente que certains risquèrent de tomber dans une folie ardente, dans un total délire halluciné si nous ne nous tenions pas près les uns des autres pour nous soutenir mutuellement ; pour nous aider moralement dans ces difficiles moments d’irréelle vérité. Le cauchemar d’Hispaniola continuait et nous étions aux premiers rangs. Nous en étions pleinement responsables et, bien que les deux profanateurs aient été emportés ; leurs visages arrachés, cette invisible mort semblait bien décidée à extirper la vie de chacun de nous. Le paisible silence qui régnait entre chaque hurlement était plus angoissant que les hurlements eux-même qui nous permettaient de situer, grossièrement, l’emplacement et la progression de ce souffle strident, de ce soupir étouffé. Alors que ce silence régnait maintenant depuis de nombreuses minutes, contraignant inconsciemment chaque homme à retenir son propre souffle pour guetter le moindre son, le ciel manifesta les signes avant-coureurs de l'obscurité grandissante qui allait peu à peu nous envelopper. Nous entraperçûmes un nuage d’ombre diffuse passer furtivement sur la lune à plusieurs reprises, dissimulant par moment son éclat spectral, et un voile d’une épaisse noirceur vint lentement glisser le long des étoiles, éteignant ainsi leurs sourires amusés. Peu à peu, sur le sol de cette île infernale, le schéma céleste se matérialisa : au loin, à droite et à gauche du bastion, les points de lumière disparaissaient l’un après l’autre à une allure effrayante, comme un souffle éteignant les flammes vacillantes d’un immense chandelier. Les torches s’éteignaient, une à une, propageant les ténèbres autours des volutes de fumées qu’elles produisaient en mourrant. Les ombres approchaient irrémédiablement alors que le silence régnait toujours sur la nature et sur le fortin. Tous les yeux étaient tournés, exorbités d’horreur devant le spectacle des lueurs disparues. Les mains tremblantes se glissaient déjà sur les armes à feu bien qu’encore une fois elles nous semblaient dérisoires face à la vague qui allait déferler sur nous. Toutes les torches disposées dehors étaient maintenant éteintes, seules brûlaient encore les timides flammes du fortin de bois où nous étions prisonniers. Au-dessus de nos têtes l’ombre passa une fois encore sur la sphère jaune de la lune et au sol s’élevèrent les souffles saccadés d’une respiration difficile accompagnés d’un bruit de pas glissant. Il nous était impossible de discerner leur origine et dans un certain sens nous ne souhaitions nullement voir les abominations qui produisaient ces sons ; l’immatérielle abomination qui inspirait faiblement et qui expirait longuement. Lorsque les horreurs nous apparurent enfin, beaucoup des trente-sept témoins tombèrent dans l’inconscience d’une irréalité morbide tandis que d’autres, pris de panique, tirèrent des coups de feu désespérés dans les formes disloquées qui avaient surgies des ombres de la nuit. Moi je restais là, à fixer d’un œil halluciné ce qui venait d’apparaître et je comprenais peu à peu ce qui arriva à nos deux compagnons disparus dont nous avions retrouvé les visages séparés des corps, et je compris peu à peu que c’est ce qui nous attendait tous. Hypnotisé par l’attrait macabre que procurait cette vision, je n’entendais que vaguement les détonations, les cris, et les flasques bruits des balles qui venaient percuter les chairs molles et désarticulées de nos anciens compagnons. Je ne sentis la violence du vent qui venait de se lever que lorsque les torches de notre bâtiment commencèrent à s’éteindre. Perdant toute raison et tout sens du rationnel je m’élançai vers l’arrière du fortin d’où je sautai dans le sable quelques mètres en dessous sans ressentir la douleur de ma chute, puis je me précipitai vers la dense végétation. M’éloignant le plus loin possible de l’horrible destinée du bastion et des hommes qui restèrent dedans ; impuissants face à ces marionnettes diaboliques qui semblaient manipulées par l’ombre tourbillonnante qui ne quittait maintenant plus la lune. Alors que la dernière torche venait de s’éteindre je me détournais vivement de Navidad et me lançai dans une course effrénée entre les immenses arbres. Derrière moi, venant du fort, j’entendais s’élever des hurlements de douleur et la plainte lugubre du ciel chaque fois qu’un homme était emporté dans l’obscurité macabre de cette sinistre mort au soupir sanguinaire. Je courrais, tremblant, à perdre haleine dans le noir le plus complet. À maintes reprises je trébuchai sur des racines hautes, me heurtai à des rochers, perdis l’équilibre sur les dénivelés d’un terrain instable de terre molle et m’éraflai les jambes et les bras en m’emmêlant dans des ronces. À chaque instant je me retournai, sentant planer sur moi une présence cauchemardesque, mais jamais je n’arrêtai ma course frénétique. Je me sentais poursuivi, pourchassé ; je sentais la pure folie monter dans mon esprit mais je me retenais de la laisser se manifester par un cri de panique et de délire qui aurait attiré sur moi l’attention des ombres invisibles, tapies derrière chaque arbre, derrière chaque rocher. Mon corps n’en pouvait plus. Trop de peur, trop de crainte, trop de blessures et de fatigue à courir dans cette univers isolé, perdu au milieu de l’océan. Je ne savais pas où j’allais et j’étais bien conscient que je ne pourrais pas fuir de cette île, que j’étais condamné à être, un moment ou un autre, rattrapé par les horreurs sans visage, balayé par le souffle putride de la mort. L’obscurité totale qui m’engloutissait dans cette forêt m’oppressait à tel point qu’elle me donnait la désagréable sensation de nager dans un brouillard d’ombre, sans avancer, englué dans les ronces qui jonchaient le sol. Cette impression d’immobilité inextricable et les sinistres plaintes que j’entendais, depuis quelques instants, s’élever quelque part autour de moi sans pouvoir les situer dans cette mer d’encre opaque, finirent par avoir raison de mon esprit et alors, que je m’écroulai au sol dans un sanglot désespéré, hurlant ma folie frénétique, le sol se déroba sous mes genoux. La terre et les branches s’écroulèrent sous le poids de ce corps délirant, et je fus précipité dans les abîmes sous-terrains de cette île. Depuis cette nuit là je suis dans cette caverne d’où j’écris le récit de cette histoire cauchemardesque. Je ne sais ce que sont devenus mes compagnons mais je ne me fais aucune illusion. Si au dehors j’entends rôder à chaque instant ce souffle autour de l’entrée de la caverne, c’est que cette mort n’a plus d’autre proie à traquer, et que je dois être le dernier rempart vivant qui empêche la paix sereine de revenir sur l’île des Arawaks, ces serviteurs dévoués à cet étrange soupir sanguinaire. Je ne vois rien se pencher sur l’ouverture béante de la caverne mais j’entends. Je ne fais qu’entendre le pas glissant et la respiration saccadée, le soupir lugubre et la plainte suraiguë. Ces sons n’ont de cesse de hanter chaque minute de ma réclusion. Les symboles sur les parois tièdes et molles de la caverne cesseront bientôt de scintiller de cette pâle lueur bleue et j’ai peur de deviner la signification de leur proche extinction. Je n’ai plus guère de papier ; plus la force d’écrire ; plus rien à raconter, les glyphes vont s’éteindre d’ici quelques instants… Le souffle pourra m’emporter mais pour le moment je n’entends que cette lugubre plainte et ce soupir strident. »
Fin.
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