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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Orcusnf

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Le maestro de la mort


La pièce est austère mais confortable. Dans la lueur vacillante d’un néon mural, on distingue un lit non défait, un lavabo, un distributeur, un bureau et une chaise. Près de la porte, un interphone, et sur le sol, des liasses de feuilles, couvertes d’une écriture serrée.
Assis sur la chaise, une silhouette, occupée au bureau. En s’approchant un peu, on voit qu’elle est en train de taper frénétiquement sur un clavier, qui à priori ne lui a rien fait, mais subit sans se plaindre des assauts d’une violence inouïe.
On reconnaît dans cette silhouette un homme, à cause des joues hâves et mal rasées. Cet homme, porte les cheveux longs, et aussi lunettes, qui se baladent sans arrêt entre le haut et le bas de son nez. Le teint est maladif, très pâle, fatigué, comme si Morphée n’était pas venu depuis plusieurs jours lui rendre visite.
La machine sur laquelle il tape comme un demeuré, n’est autre qu’un piano, enfin plutôt un lointain descendant, car avec ses centaines de touches, non plus de deux couleurs différentes, mais de dizaines de couleurs, et le clavier surmonté de panneaux remplis de diodes, s’allumant à première vue aléatoirement, et d’écrans affichant des colonnes pleines de chiffres, on a du mal à y voir un piano ou un quelconque instrument à cordes.
On comprenait mieux maintenant sa fatigue, car rien qu’à l’imaginer en train de décoder cet amas de données, tout en observant le jeu des diodes et en jouant des mélodies sur le clavier, donnait le tournis.
D’ailleurs, il était à remarquer, qu’aucune partition n’était posée devant lui, qu’aucun son ne sortait de ce simili-piano, alors que des feuillets sortaient sans discontinuer du côté droit de la machine, et venaient s’amasser langoureusement sur le plancher de mâchefer.
On serait en droit de se demander quel morceau demande tant d’abnégation, de manipulations à son exécutant qui ne peut même pas l’écouter à son aise. En fait, il ne s’arrête presque pas de jouer, on dirait même qu’une volonté supérieure l’empêche de cesser, car les seules pauses, qu’il se permet surviennent lorsqu’un message apparaît sur un écran, lui enjoignant de se reposer pendant quatre minutes et 27 secondes, temps essentiellement consacré à manger un bout, et à se passer la tête sous l’eau.
Quelques fois, les pauses surviennent par hasard, quand les écrans s’éteignent subitement, après une brève, mais puissante secousse qui ébranle sa chambre et fait clignoter le brave néon, qui ne demande qu’à remplir son rôle. Dans ces cas là, il n’y a plus qu’à attendre que les écrans se rallument et recommencer la course effrénée contre le temps.
Et revoilà le pianiste qui, secondes après secondes, pauses après pauses, vacillements du néon après vacillements du néon, continue, de ses doigts longs et grêles, d’écraser impitoyablement les touches, sans savoir si le résultat sera agréable ou discordant pour les éventuels auditeurs, non il essaye seulement d’aller le plus vite possible, tout en ajustant son morceau aux données des écrans.
Mais, quels sont ces mystérieux chiffres qui ont le divin pouvoir d’influencer la course des doigts du pianiste ? Quels secrets lourds de conséquence symbolisent ils ? Après tout, a-t-on jamais vu un musicien qui jouerait en fonction du défilement des nombres sur un écran, et ce sans pouvoir apprécier son oeuvre.
Soudain, on voit un compte à rebours commencer sur un des écrans, et se rapprocher du chiffre fatidique zéro. Cette fin se ressent sur le joueur mystérieux, qui accélère la sarabande de ses doigts, dans un ordre de plus en plus complexe, qui s’achève brutalement par le contact de la pulpe de son pouce gauche avec un bouton resté vierge jusqu’à cet instant, bouton déclenchant une pression généralisée sur toutes les touches, clôturant ainsi un marathon dactyle.
Après quelques instants de répit, que notre musicien utilise pour s’étirer voluptueusement les doigts , puis à se masser la nuque endolorie par tant d’aller-retour. Enfin il ne lui reste plus qu’à se lever et à dégourdir ses jambes anesthésiées par une position assise longuement maintenue.
Mais, dans un claquement sec, la porte de la cellule s’ouvre, glissant sur un rail invisible et se rangeant dans le mur. Un homme apparaît, tellement banal dans son uniforme noir, étriqué, et complété par des bottes et des gants de la même couleur, qu’une description, même sommaire ne s’avérait à priori pas nécessaire.
-Maestro, votre tour de veille vient de s’achever, veuillez me suivre en salle de récupération onirique, dit d’une voix neutre et basse, le nouvel arrivant.
-Bien, bien, j’arrive incessamment, je dois récupérer mes feuillets. Et je souhaiterai faire un saut par la salle des diagnostics pour visionner le résultat final, sinon je n’arriverai pas à me reposer correctement.”
Quelques instants passèrent, se résumant à un garde à vous figé pour l’un, à un classement fébrile des feuilles éparses pour l’autre.
puis les deux hommes s’engagèrent dans un couloir au parois molletonnées, où les chaussures s’enfonçaient sans bruit, et à l’éclairage un tantinet trop sombre, qui laisserait imaginer toutes sortes d’horreurs se déroulant dans les zones d’ombre, si le couloir n’avait pas été si étroit.
Ce n’était qu’une succession de portes aveugles, d’où s’échappaient des lueurs hésitantes et des staccatos de doigts martyrisant des claviers aux touches innombrables. Des dizaines de pièces qui contenaient probablement autant de musiciens plongés dans l’observation de leurs écrans. Tout n’était que silence et concentration, le moindre bruit semblait malvenu et inopportun.
Mais comme tout a toujours une fin, arriva l’entrée d’une nouvelle zone, qui se caractérisait par une activité nettement plus bruyante.
Des dizaines de personnes se croisaient, se bousculaient, s’interpellaient, s’échangeaient des fardeaux. On distinguait des uniformes noirs, des costumes blancs de technicien, des bleus de travail graisseux, des vêtements de tous les jours et au milieu de ce joyeux charivari, une toge pourpre portée par notre compositeur.
Aussitôt chacun s’écarte du trajet de cet habit lourd de menaces et de symboles dans leur imaginaire de pauvres hères. Les têtes, rouges, noires, jaunes ou blanches, s’inclinent, les mouvements se font moins vifs, le silence devient pesant. Heureusement, au fur et à mesure que le sillage du couple s’éloigne, le désordre reprend le pouvoir et se fait encore plus bruyant, comme si les secondes perdues devaient absolument être récupérées.
Les deux hommes continuent leur silencieuse avancée jusqu’à une porte, vers laquelle personne ne se presse. La sentinelle postée devant a vite fait de commander l’ouverture, avant de s’écarter précipitamment de l’aura du maestro.
Devant eux s’étend un long corridor éclairé par quelques lampes et parsemé de portes closes. La longue traversée commence. Devant eux s’ouvrent les portes, et les occupants en sortent pour saluer reverencieusement le maestro, son compagnon n’ayant droit qu’à des regards indifférents pour sa peine, il est aisément remplaçable, tandis que le musicien peut causer la perte de milliers de gens par sa défection.
Finalement, ils s’arrêtent devant une porte qui s’ouvre dans un discret chuintement. On peut distinguer à l’intérieur des hommes assis devant des consoles, en train de taper sur des claviers, de donner des ordres dans un micro ou de régler des manettes. Soudain les écrans se vident, un grésillement prend la place de l’agitation d’il y a une minute. Heureusement, les écrans reprennent vie et apparaît une grille assez grande, composée de centaines de cases en longueur, pour quelques dizaines seulement de cases en largeur. Les cases se remplissent successivement, formant un mélange de couleurs aux tons et aux intensités différentes.
Devant ce spectacle, les techniciens réagissent au quart de tour et recommencent leur travail. Une baie vitrée court sur le mur d’en face. Le musicien se plante devant elle et observe le vide interstellaire qui s’étend devant ses yeux. Mais il n’est pas si vide que ça aujourd’hui.
Des milliers de vaisseaux s’affrontent et les projectiles, les rayons d’énergie et les fins rayons des lasers fusent pour se perdre dans l’espace ou éclater contre les coques adverses. Des chasseurs se poursuivent, certains s’écrasent dans une spirale de flammes, tandis que des escadrilles lâchent leurs traits mortels sur les vaisseaux spatiaux. Son propre navire, un des plus grand navires de ligne, entre sur le front. Commence alors une bien étrange danse, dans laquelle les boucliers s’éteignent successivement pour laisser passer les tirs des canons abrités derrière eux. Bien réglé comme du papier à musique, aucun tir ennemi ne vient se fracasser contre le navire, profitant des brèches laissées par les boucliers désactivés.
Satisfait de sa partition, le compositeur pouvait aller chercher un repos bien mérité dans sa cabine.

Fin.

 

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