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Biographie d'un homme sans vie... Je venais davoir à peine neuf ans lorsque jai pris mon premier cliché que je qualifierais dartistique... Mon père mavait emmené directement sur les lieux de son travail : au Rwanda. Bien sûr, je sais que cétait hautement risqué et complètement inconscient de sa part mais il ne pouvait pas vraiment faire autrement. Ma mère sen est allée lorsquelle ma mis au monde et, au moment de partir à la guerre, mon papa ne connaissait personne qui oserait me garder. Moi, un enfant turbulent qui, à son huitième jour de maternelle, avait mis le feu à la salle de classe en jouant avec un briquet trouvé juste avant dy pénétrer... Je désirais simplement impressionner mes copains, je naurais jamais imaginé faire autant de dégâts et avoir des problèmes pour si peu de choses. On peut dire que le Rwanda, ce petit pays apocalyptique, ma réellement plu. Cette musique dambiance semblable au son que provoque un feu dartifice, ces lumières dans la nuit qui nous défient de nous en approcher, et tous ces hommes, ces femmes et ces enfants paisiblement allongés sur le sol, profondément endormis Et moi qui les shootais avec mon appareil jetable noir et blanc que mavait offert mon père. Jaime le noir et blanc, ça fait ressortir les sentiments, la souffrance, la terreur et le désespoir. Au développement mon père était comme jaloux, de sa vie il na jamais réussi à faire daussi belles photographies avec son super matériel qui lui avait coûté une véritable fortune. Alors que moi, à laide dun simple appareil photo jetable et à lâge de neuf ans, sans lexpérience quont les professionnels... Il na jamais voulu me lavouer mais il men voulait, il devait se sentir ridicule face à moi et pour me cacher cela il me disait simplement que ce nétait pas si mal. Comme javais beaucoup insisté pour pouvoir les garder et non pas en faire un livre intitulé : Photos dun jeune reporter de guerre... Il me les offrit ! Cest compréhensible, après tout se sont mes premières oeuvres et jy tiens comme à la prunelle de mes yeux, je veux les garder rien que pour moi. Alors fier de moi, je les ai accrochées au-dessus de mon lit afin de les contempler avant de mendormir. Elles reflétaient tellement bien la réalité que lorsque jen tenais une dans les mains, je pouvais voir ces personnes remuer. Je les admirais, se tordant de douleur, agonisant le corps déchiqueté, la gorge ouverte, les membres arrachés. Je voyais tous ces corps se vidant de leur sang, sécoulant sur le sol avant de sécher à lair libre. Ils essayaient de résister à la mort, une lutte acharnée qui ne servait à rien sauf à gagner quelques secondes voire une ou deux minutes de vie pour les plus forts. Et quand japprochais très prés mon oreille, je les entendais hurler cette mélodie si douce et à la fois si terrifiante à la fois que jen lâchais la photo. Je magenouillais devant elle puis je sanglotais comme si je me trouvais à leur place. Cela me faisait mal au cur, mes larmes ne cessaient de remonter et je vomissais face à ces scènes inimaginables puis une fois le mal passé, je me relevais et je me sentais bien. Jaimais ça et jaime toujours ça, sentir et voir la mort arriver au travers de mes clichés, immortaliser ce moment où les victimes se retrouvent seules, livrées à elles-mêmes, sans défense contre un ennemi invisible et invincible. Faire des photos de guerre est ma plus grande passion, il va de soit que jen ai fait mon métier, et je fais équipe avec mon père. Quelques années plus tard nous partîmes travailler en Tchétchénie. Ensemble nous avions couvert plusieurs guerres sans que jamais rien ne nous arrive, nous formions une équipe du tonnerre mais ce pays ne nous a pas vraiment porté chance. Nous devions rejoindre des rebelles tchétchènes postés derrière une montagne, nous progressions rapidement, impatients mais toujours sur nos gardes. Puis le malheur arriva, sur une minuscule faute dinattention mon père marcha sur une mine, une erreur qui lui a coûté cher. Il neut pas le temps de sauter pour se protéger un minimum que la mine explosa, lui arrachant la moitié du corps. Je lentendais mimplorer à laide, je le voyais baignant dans son sang, le corps déchiqueté comme tous ceux que jadmirais le soir, enfant, dans ma chambre. Sauf que cette fois-ci, cétait de mon père quil sagissait. Et moi jétais paralysé, tétanisé, ma plus grande peur était entrain de se réaliser : jallais perdre mon père. Je le voyais mourir, agoniser, il était foutu, je le savais et lui aussi le savait mais comme toutes les victimes des guerres que lon avait prises en photos, il en résultait un espoir, celui de vivre, de sen sortir par miracle. Nous ne prêtons pas assez attention à la vie mais dés quon la sent séchapper, nous nous y accrochons désespérément. La seule chose que jai réussi à faire, la seule aide que jai pu lui fournir, cétait de continuer ce pourquoi il a toujours vécu Je lai photographié ! Jai vidé deux pellicules pour lui. Pendant que je le shootais, il me regardait, mimplorait et me rejetait. Je le sentais me haïr, me détester parce que moi, son propre fils, le prenais en photo et le laisser souffrir au lieu de laider. Moi, Jean-luc Rostraux laissait mon père, cet homme qui a participé à ma création et qui ma éduqué, mourir sous mes yeux et ne pensait quà cultiver mon art. Je le voyais, je lentendait minsulter et me demander de laide, je le regardais se tordre dans tous les sens et ramper vers moi, je le voyais mourir... tout simplement. Sa dépouille ne revint jamais au pays. Après que la mort sen est emparée, je lai enterré sur place... De toute façon jai les photos. Je ne regrette pas de ne pas lui avoir porté secours, en fait jai adoré lentendre me supplier pendant que je prenais mes clichés, cétait comme une jouissance. Aujourdhui je continue mon travail mais je nai plus besoin de me déplacer, de partir à létranger, sur des lieux de guerre, de massacre. Je nai pas envie de finir comme mon père et tous ceux que jai pu voir au travers de mon objectif. Jai trouvé une solution qui me donne beaucoup plus de plaisir, une solutions qui me permet de travailler en paix. Si je pouvais encore le faire, je remercierais mon père de mavoir inconsciemment mis sur la bonne voie, je le remercierais pour mavoir aidé à trouver mon chemin. Mon dernier livre, et je dois dire que les photographies quavait fait mon père mont largement aidé à laméliorer, ma permis de macheter une jolie petite maison à la campagne, loin de toute curiosité humaine. Ce nest pas plus mal de vivre seul, de ne plus avoir quelquun sur le dos, je me sens plus libre maintenant. Jai juste un berger allemand qui me permet de lutter contre les gros moments de solitude, mais ce que jaime le plus dans ma nouvelle vie, cest que je possède mon propre labo-photo. Vous allez certainement penser que la solution que jai trouvée pour faire mon travail sans me déplacer peut être cruelle mais je vous assure quelle me donne beaucoup de plaisir et de très bons résultats. Le seul dommage, cest que je ne peux pas publier ces photos pour linstant. Aucun éditeur ne voudrait sy risquer et il me créerait des problèmes mais je prépare un grand coup qui me rapportera sûrement des millions en seulement quelques heures. Je suis conscient que je naurais pas le temps de voir tout cet argent, jaurais juste le sentiment et la satisfaction de mourir riche, de savoir que ma passion ma rapporté, que mes photos ont été vues par des milliers et des milliers de personnes... Je vais être connu dans le monde entier. Ils se souviendront de moi, en bien ou en mal je nen ai rien à foutre. Je sais quils ne sont pas prêts doublier mon nom et ce que je vais faire, ils parleront sans arrêt de moi. Je vais balancer, tout dun coup, mes clichés sur Internet, je ferais payer le téléchargement de mes oeuvres et en quelques minutes, des millions dinternautes se battront pour accéder à mon site. Je vais tout de même vous expliquer ma manière de travailler : Dès que la nuit tombe, je saute dans ma voiture et direction la ville, dans une discothèque dhétéros ou dhomos je nai pas de préférence, puis je drague une victime que je ramène chez moi. Jattend quelle me fasse entièrement confiance et là, je lassomme et la traîne jusquà la cave. Je patiente jusquà son réveille puis, elle ouvre les yeux et découvre toujours stupéfaite une salle vide, bien éclairée et face à elle : mon appareil photo. Une fois quelle a analysé la situation et quelle a à peu près comprise ce quil lui arrivait, elle se débat. Jai remarqué que mes victimes réagissent sans exception de la même façon, elles se débattent toujours dans lespoir de se défaire de leurs liens puis elles cessent lorsquelles se rendent compte quelles sont solidement attachées contre le mur et quil ne sert à rien de lutter. Du coup elles me regardent, avec ces sentiments dinquiétude et de début de panique dans les yeux qui me donnent tout de suite lenvie de me mettre à mon uvre. Il ny a plus de temps à perdre, il faut que jimmortalise cet instant magique, alors jattrape mon appareil photo et jen prend une. Jaime avoir un souvenir de mes modèles avant que je ne commence à travailler avec mon couteau et ma scie. Lorsque mes victimes me voient arriver avec mes instruments, elles recommencent à se débattre. Cest affolant ! Non je plaisante, cest extrêmement amusant. Je commence toujours mon boulot de la même manière, je coupe les doigts uns par uns et je prend un cliché, je coupe au niveau de coude et jen prend un autre, et ainsi de suite sur tous les membres en partant des extrémités. Je ne bâillonne jamais mes modèles et ils me le rendent bien, de cette façon je peux les entendre hurler et sans quils le sachent, cest un peu de cette manière que je suis remercié. Puis jarrache violemment les habits couverts de sang, je coupe tout ce qui dépasse et avec le couteau, je creuse le ventre, je progresse très lentement afin que le temps ralentisse. Sur vingt huit modèles, il ny en a que deux qui ont survécus assez longtemps ou qui ne se sont pas évanouis pour se rendre compte que jallais aussi men prendre à leur abdomen. Je ne vous cache pas que lorsque je me suis mis à creuser, ils nont pas continuer à se plaindre. Je suis heureux de pouvoir travailler chez moi, dans daussi bonnes conditions mais il y a quelque chose qui me manque. Je nai pas acquis la jouissance totale, la dernière, celle que peu de personnes ont eu loccasion déprouver. Jy ai longuement songé et aujourdhui je sais comment lobtenir mais avant, je dois ouvrir laccès à mon site Internet. Ca marche du tonnerre, les internautes se manifestent par milliers et ils ont bien raison, ils se battent pour y entrer, il doit y avoir une file dattente incroyable, inimaginable. La publicité que javais fait sur dautres sites a eu une de ces impactes... impensable ! La police ne devrait pas tarder à arriver, vu que jai affiché mon adresse en première page, cest lun des éléments les plus important du plan. Je dois me préparer, il va falloir que je termine en beauté tout en accomplissant ce dont pourquoi jai sacrifié ma vie. Cest simple, jai accroché quatre lames de hache soigneusement aiguisées au plafond de ma cave ( une guillotine pour mes membres ), et entre les lames, jai installé une sorte de gros burin qui se chargera de creuser mon ventre, tout comme mes victimes mais en plus radical. Toutes ces armes sont reliées entre elles par des fils dont les bouts sont solidement attachés à la droite de la table dopération et à coté dune grosse paire de ciseaux. Puis le moment venu, je couperais le tout... Cest bon, la police frappe à la porte, je les provoque en leur hurlant quils aillent se faire foutre et je cours minstaller sur la table dopération. De la main droite, je mempare de la paire de ciseau que tiens ouverte, autour des fils. Je les entends défoncer la porte, ils ont lair énervé mais je vous promets quils vont vite se calmer. Ils descendent vers la cave, je les entends progresser dans les escaliers, un policier entre, je lui ordonne de ne pas bouger sinon je me suicide, il sexécute immédiatement. Ses copains arrivent à leur tour dans la cave, ils sont tous regroupés à lentrée et me regardent stupéfiés. Ces policiers doivent certainement me prendre pour un aliéné kamikaze et ils nont pas complètement tord, je suis suicidaire mais pas fou. Je veux juste réaliser mon rêve : obtenir la jouissance totale mais tout le monde ne peux pas comprendre cela. Je crois que cest linstant fatidique, les policiers sont sûrement tous présents et il y en a même un qui essaie de me faire la morale. Je leur dit : « Adieu et merci ! » Avant de couper les fils. Cest génial ! Cest vraiment le pied ! Voir du dessous ces instruments tomber sur moi, les sentir me trancher les membres, mécraser le ventre, jai même hurlé comme le font mes victimes pour voir si ça aide et ça a aidé. Un plaisir bref mais sur-puissant, un plaisir parfait. Je suis heureux... Mais mort ! Vous devez penser que jai raté mon coup parce que je ne me suis pas photographié. Nayez crainte, le médecin légiste sen chargera. Ma seule déception est que ces photographies ne termineront pas dans un musé mais dans un vulgaire dossier fermé que seuls les plus chanceux pourront consulter Ils le consulteront, ils aimeront cela, cest évident.
FIN
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