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Homicide
involontaire ?! De nature active, ce jour-là nétait pas un jour comme les autres, pour une fois Jack Silvat navait rien à faire, aucune obligation, aucune activité, du coup il sennuyait terriblement. Il transvasa du café chaud quil venait de faire dans une tasse puis sassied sur le canapé de son salon. Machinalement, il porta son regard sur les aiguilles de lhorloge qui ornait cette pièce et découvrit quelles indiquaient trois heures de laprès-midi. Silvat se concentra de toute son âme sur la trotteuse afin de pénétrer en son cur pour se mettre quelques instants à sa place. Contrairement à lui, elle avait quelque chose à faire et cela même si elle tournait toujours en rond. Elle devait, à un moment précis, ordonner à laiguille des minutes de se déplacer dun cran, aiguille qui fera de même pour celle des heures. En quelque sorte, cest la trotteuse le grand chef. Jack sortit de son état hypnotique, il relut lheure et pris conscience que vingt minutes sétaient écoulées, il ne vit rien à tout ce temps perdu, il ne le sentit même pas. Silvat sentit quelques larmes couler sur son visage, il les essuya rapidement et se demanda ce quil venait de se passer. La concentration avait été si intense quil en avait oublié de cligner des yeux, ou avait peu cligné. Une concentration si longue que lui ainsi que laiguille la plus rapide de lhorloge de son salon parcouraient le même chemin, ensemble sur une durée de vingt minutes. Tout cela pour indiquer les mêmes secondes et donner les mêmes ordres lorsquelle atteindrait son point de départ. Quelle étrange vie ? Infernale et morose, pourtant ça a lair de lui plaire, bien quelle nait pas connu autre divertissement que de tourner en rond. En fin de compte, cette trotteuse ressemblait à Silvat, du moins sur deux points : le premier est la routine, toujours la même vie, le même travail fatiguant, sans intérêts et jamais aucun remerciement nest perçu. Le second point est le temps, vingt minutes écoulées pour cette aiguille sont comme vingt années pour Jack. Vingt minutes vingt ans Autant de temps gâché à lun comme à lautre. Silvat se rappela quun café lattendait, il en avala une gorgée pour la recracher de suite, en près dun quart de siècle de trotteuse, un café avait largement le temps de se refroidir. Il reposa la tasse sur la table devant lui, se leva puis partit prendre une douche bien chaude. Il ne resta pas longtemps dessous, il en ressortit presque aussitôt, se sécha, shabilla et au moment de se coiffer, Jack vit son visage dans le miroir. Un visage jeune, sans la moindre ride, des cheveux bruns, mi-long, ébouriffés et encore mouillés. Limage reflétée par le miroir se transforma en un visage de vieil homme aux cheveux gris, des joues creuses et des yeux si tristes que lon a envie de pleurer pour lui. Un homme fatigué par le temps, un homme qui a fait son temps. Jack repris ses esprits, coiffa ses cheveux en arrière puis sortit de son studio afin de boire, cette fois-ci, un café bien chaud dans un bar situé au coin de sa rue. Au passage, il attrapa le courrier dans sa boite à lettres, histoire de ne pas la charger et de ne pas se mettre le facteur à dos. Dehors on sentait la vie, les rues grouillaient de personnes qui couraient, se pressaient de peur darriver en retard à leur travail, des enfants jouaient, sagitaient sous un soleil de plomb, un soleil dété. Silvat sarrêta devant cette scène et en profita pour lire son courrier. La première lettre était un rappel de factures impayées, la seconde provenait de sa mère et la dernière venait de son travail. Jack la lu plus lentement que les autres puis sécria à voix haute : Je suis viré ! Quelle bande denculés ceux-là, après tout ce que jai fait pour eux. Et puis de toutes façons à part ma mère, personne ne menvoie de bonnes nouvelles, et encore Silvat jeta ses trois lettres dont celle de sa mère et se rendit au bar. Bonjour mon ami, je te sers quoi ? Questionna le patron en le voyant arriver. Oh ! Mais dis donc, ce nest pas la grande forme aujourdhui, tas une de ces tristes mines qui me donnent envie de pleurer. Sers donc un café à un nouveau chômeur, lança til en sinstallant au comptoir, un café bien chaud. Toutes mes condoléances, ça a dû être dur. Je my attendais un peu et de toute manière, ils commençaient à me prendre la tête dans cette boite de fayots. Tu sais, bosser dans une boucherie nest pas vraiment joyeux. Que vas-tu faire maintenant ? Je ne sais pas, je crois que je vais retourner chez ma mère. Elle sera contente de me voir, du moins je lespère. On ne te verra plus traîner par ici alors ? Fais chier ! Tes celui qui ramenait le plus de fric dans mes caisses, comment vais-je vivre maintenant ? Sans déconner, tu menverras de tes nouvelles ? Calme-toi, je ne vais pas rester définitivement chez ma mère, je vais juste prendre quelques jours de vacance et de toute façon, je ne tiendrais pas six mois chez elle sans me suicider. Après avoir payé sa consommation, Silvat rentra chez lui préparer ses valises, quelques heures plus tard, il était dans le train en direction de Brest. Arrivé devant le portail de sa maison denfance, Jack hésita un long moment avant de sonner, il craignait la réaction de sa mère, il était jadis partit si violemment de chez lui, à cause dune dispute tellement grotesque quil le regrettait chaque fois quil y repensait. Silvat ne savait pas sil elle voudrait encore le revoir mais il était trop tard, cachée derrière sa fenêtre, elle venait de le surprendre. Le cur de Jack saccéléra lorsquil vit la porte souvrir et laccueil se fit comme il se le devait en de pareilles circonstances. Mon bébé ! Cria telle en courant vers son fiston pour le serrer dans ses bras. Tu es revenu ! Oh! Mais comme tu as grandi. Ca va maman, je vais bien mais arrête de me pincer les joues, ça commence à faire mal. Excuse-moi mais cest parce que je suis heureuse de te revoir. Combien de temps restes-tu ? Je suppose que tu nes que de passage, tu vas bien rester un mois ou deux. Peut-être un peu plus, je me suis fait virer et jai besoin de vacance. Puis-je te demander un service ? Oui mon bébé, répondit telle, demande moi ce que tu veux. Tu vas dire que jinsiste mais sil te plaît, arrête de me pincer les joues, tu vas finir par me les éclater. Cest vrai que tu insistes mais ne reste pas là, entre, installe-toi, désires-tu quelque chose de frais à boire ? Non-merci, je suis fatigué par le voyage, je préfère dormir un peu. Vas-y mon bébé, je nai pas touché à ta chambre depuis que tu es partit. Cest bien ce qui me fait peur. Acheva til en entrant pour saffaler sur son vieux lit et sendormir comme un « bébé. » * Jack entra dans le wagon des premières classes et pris place à côté dun passager habillé dun splendide costard noir. Cette partie du train était pratiquement remplie, presque plus aucune place nétait disponible. A bord, les gens parlaient dans leur téléphone portable, les plus calmes lisaient des magasines et les autres regardaient dehors les maisons, les prés et les vaches défiler rapidement sous leurs yeux. Silvat sortit de sa poche un paquet de cigarette et un briquet, il en saisit une, la porta à ses lèvres et se lalluma. Son voisin le prévînt dun air sympathique quil se trouvait dans un wagon non-fumeur et le pria déteindre sa cigarette. Jack le regarda avec mépris mais son attention changea de direction lorsquun contrôleur se présenta aux voyageurs en leur demandant de bien vouloir lui présenter leur billet. De loin, il aperçut Silvat, il se tint instinctivement sur ses gardes puis arriva à sa hauteur. Monsieur, puis-je voir votre billet sil vous plaît ? Va te faire enculer connard ! Lui cracha sèchement Silvat. La panique envahit linspecteur qui ne faisait que son travail. Il sempara de son talkie-walkie pour appeler ses collègues en secours mais Silvat se leva, le lui arracha des mains avant quil nait eu le temps de placer le moindre mot et lenvoya de toutes ses forces contre une vitre du train. Pendant que les regards étaient dirigés vers la vitre qui seffondrait, laissant passer le vent et linsupportable bruit que font les roues en frottant sur les rails, Jack sortit de nulle part un gros couteau de boucher quil enfonça sans hésiter dans la gorge du contrôleur. Celui-ci fit un demi-tour sur lui-même, faisant découvrir sa nuque et la pointe du couteau qui lavait traversé, avant de tomber face au sol. Une jeune femme enceinte assise à trois mètres du meurtre se mit à hurler devant le massacre, Jack empoigna larme blanche qui venait de servir, larracha du cou du contrôleur, se dirigea vers la jeune mère en souriant et lui ouvrit le ventre de haut en bas. Après le découpage, il jeta loutil de torture en direction de lhomme au costard noir. Instinctivement, celui-ci porta ses mains à son oeil gauche, sentit le couteau enfoncé avant de seffondrer comme lavait fait le contrôleur. Pendant ce temps, Silvat enfonça ses mains dans le ventre de la jeune femme et les ressorties avec un bébé dans chaque, il les mit à la hauteur des yeux de lex-future mère puis les lâcha en annonçant dune voix amusée : Jai limmense joie de tapprendre que tu as deux jolies petites filles. Tu pourrais me remercier au lieu de chialer, je viens de leurs éviter toutes les misères de ce monde. Saloperie de pondeuse ! * Mon dieu ! Sexclama Jack en se réveillant le lendemain de son arrivée chez sa mère. Ce nétait quun cauchemar ! Essoufflé, il se leva, se dirigea vers la salle de bain prendre une douche, descendit vers la cuisine se faire un petit déjeuner puis alluma la télévision sur la chaîne des informations régionales. La première chose qui le frappa fut lheure quil était : deux heures et quart de laprès-midi. La seconde fut lhistoire dun homme recherché pour avoir commis cinq meurtres dans le train de treize heures et demie en direction de Brest. Un homme armé et dangereux, la police a lancé un avis de recherche et les infos diffusaient un portrait-robot effectué daprès les témoignages des voyageurs qui, pour la plus grande majorité, sont traumatisés et le resteront certainement longtemps. Les informations incitaient aussi à faire fortement attention à cet homme et à surtout ne pas le provoquer, nul na connaissance des mobiles qui le poussent à tuer, nul na connaissance des atrocités quil peut encore faire. Un message était clairement envoyé aux téléspectateurs, message à prendre au sérieux : « Quiconque apercevrait lassassin est prié de contacter la police le plus rapidement possible. » Mais le plus étrange dans cette histoire, cest que le meurtrier a disparu comme par magie, sous les yeux des témoins. Un gros problème se posait, un de ces problèmes qui provoquent des crises cardiaques chez certaines personnes. Le portait robot présenté par le journal télévisé est celui de Silvat, la même tête, le même visage, jusquà la coupe de cheveux. Il en resta blême devant le poste, étonné, sans voix, immobile jusquà ce que sa mère rentre, anxieuse pour son fiston adoré. Mon bébé ! Hurla telle affolée. As-tu vu ce quils disent aux infos ? Sil te plaît, dis-moi que ce nest pas toi, dis-moi que tu nas rien à voir avec tout ça. De toute façon, ce ne peux pas être toi vu que tu es arrivé hier soir et que tu étais ici, entrain de dormir quand cest arrivé. Tu ne pouvais pas te trouver dans deux endroits à la fois. La sonnerie de la porte dentrée retentie et cest madame Silvat qui ouvrit. Elle découvrit huit policiers armés et en alerte. Que me voulez-vous ? Interrogea froidement sa mère prise par son instinct de protection maternel. Vous navez rien à faire ici. Une personne qui restera, sous sa demande anonyme, nous a signalé que vous abritiez un dangereux criminel actuellement recherché. Elle nous a aussi précisé quil se nomme Jack, que cest votre fils et quil se trouve en ce moment chez vous. Alors si vous ne voulez pas vous aussi être mise en état darrestation coopérez ! Les policiers entrèrent dans la maison, bousculant légèrement la pauvre femme qui faillit tomber puis ils retrouvèrent, toujours assis sur le canapé du salon, le si terrible assassin. Ils lemmenèrent sans attendre, menottes aux poings, au commissariat le plus important de la ville. Jack sefforçait du mieux quil le pouvait de garder son calme même si la peur et la panique tentaient prendre le dessus. Nom et prénoms ! Demanda lun des commissaires chargés de lenquête. Silvat Jacques Hervé monsieur. Où étais-tu et que faisais-tu aujourdhui à précisément une heure trente minutes de laprès-midi ? Je dormais chez ma mère mais vous faites erreur sur la personne, je naurais jamais pu faire de telles atrocités. De plus, je suis arrivé hier soir alors que le tueur a frappé cet après-midi. Monsieur Silvat, continua le commissaire, moi je crois ce que je vois et là, je vois votre tête sur les affiches des personnes recherchées. Et vous auriez très bien pu prendre le train en sens inverse et revenir faire vos meurtres et ainsi, fournir comme alibi lhistoire avec votre mère. Daprès ce que nous a raconté votre mère, vous avez longuement dormi depuis votre arrivé, ce qui ne vous arrange guère car toute votre période de sommeil vous donnait largement le temps de faire tous ces trajets. Franchement, croyez-vous que le seul témoignage de votre mère aurait suffi à vous innocenter ? Et en particulier avec cinq meurtres dont deux bébés sur le dos. Nous ne sommes pas aussi cons que vous le pensez. Puisse que je vous dis que je suis innocent et que vous vous trompez de personne. Brailla Jack en se remémorant le visage du vieillard que lui avait reflété le miroir de la salle de bain de son studio. Était-ce un présage ? Avait-il vu son destin ? Sa fin ? Enfin, continua til, ce nest tout de même pas de ma faute si ce type me ressemble comme deux gouttes deau. Jen ai vu des meurtriers soi-disant innocents, repris le commissaire, mais vous, vous mavez lair franc. Nimaginez pas que je vous crois ou que jai de la pitié pour vous. Au contraire, je suis de nature méfiante et je ne vous aime pas du tout. Si ça ne tenait quà moi, je ferais ressortir la guillotine et je vous ferais couper la tête sur-le-champ, sans vous juger ou même mieux, je vous enverrais directement sur une chaise électrique pour que vous souffriez autant que vos victimes. Seulement il y a des lois qui me linterdisent dommage ! Même si je ne le montre pas, il y a en moi un côté humain qui me dit de prendre mes gardes pour ne pas enfermer un innocent et comme vous le dites ainsi que votre mère, vous en êtes un. Pour cela que je vais vous faire la seule proposition qui simpose : je vous garde ici jusquà ce que le soi-disant assassin refasse surface. Dans ce cas, je vous libère et vous pourrez continuer votre misérable vie normalement. Sil savère que vous êtes le véritable meurtrier, je ferais en sorte que la prison soit un inimaginable calvaire pour vous. Sauf si toutefois, un beau jour, vous décidiez de parler, dans ce cas la peine serait peut-être moins lourde mais quoiquil arrive, jaurais une augmentation et cela grâce à vous. Ma proposition vous convient-elle ? Ai-je vraiment le choix ? Répondit Silvat découragé. Cest dur à dire mais jespère que lassassin va encore frapper et le plutôt sera le mieux.
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