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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Sef

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Crime génétique
(1/2)

Immense, c’était sans contexte l’adjectif qui allait le mieux à cet amas de métal, de plastique et de Plexiglas qui, en orbite autour de la terre, n’était ni plus ni moins que la plus grande serre artificielle jamais construite de la main de l’homme, ce génie, ce fou. De l’espace, la station donnait l’impression d’un immense congloméra d’œufs gigantesques forgés les uns dans les autres, des œufs gigantesques et transparents, transparent afin de laisser passer la lumière d’un soleil face auquel la station se tenait quoi qu’il arrive. Elle tournait lentement et inlassablement sur elle-même afin de récréer les cycles naturels, se servant de l’opacité réglable du Plexiglas biotech qui recouvrait les serres, ceci afin de parfaire les ajustages de lumière selon les faunes présentes dans les différentes parties de la station.

C’était la plus ancienne partie de la station Jénaö, autrement dit l’œuf zéro par les plus anciens, et l’œuf pourri par les plus jeunes qui ne connaissaient pas le respect. C’était le premier maillon de la station qui cent cinquante ans auparavant avait été monté dans l’espace, puis c’était agrandie au fur et à mesure jusqu’à sa taille actuelle de trente kilomètres de diamètre. Le Dr Carl Jenard n’avait pas pénétré cette partie de la station depuis son affectation, il y avait déjà cinq mois de cela. A cette occasion, on lui avait présenté les 139 jardins qui constituaient le plus grand laboratoire biochimique jamais construit. Grand, les épaules voûtées par la fatigue et les yeux dilatés par les drogues anti sommeil, il portait l’interminable veste noire qui servait à distinguer les docteurs des autres occupants de la station, où le système des castes étaient assez apprécié bien qu’inexistant officiellement. Sa démarche était lente mais assurée, il prit la sortie du couloir trente quatre et emprunta la passerelle qui permettait d’accéder à la partie sud de l’œuf zéro.

La porte s’ouvrit à son arrivé, le système de sécurité était directement implanté sous la peau et il n’y avait rien à faire pour que les portes s’ouvrent ou se ferme, la sécurité était gérée par l’ordinateur central et seul lui décidait du droit de chacun d’avoir accès ou non aux différentes parties de Jénaö. Bien que l’endroit était magnifique, illuminé d’un soleil pur, légèrement assombri par le Plexiglas, qui donnait un éclat particulier aux couleurs enchanteresses de la nature, Jenard n’y portait aucun intérêt particulier. Il était trop blasé, ou trop dégoutté, il ne savait plus vraiment. Et puis, ce qu’il était venu chercher n’avait rien à voir avec un végétal, en tout cas l’espérait-il.

Il traversait lascivement l’immense jardin lorsqu’il stoppa soudainement sa marche, le regard fixé sur un point précis non loin de lui. Il semblait s’agir d’un vieil homme à l’abondante barbe blanche qui soignait attentivement une petite plantation de bruyères. Il était vêtu de la salopette verte des techniciens de niveau deux, les tâcherons ayant assez de connaissances pour s’occuper des plantes mais pas assez pour osez contredire un médecin. Il s’approcha du vieillard agenouillé qui lui lança un rapide regard avant de s’en retourner vers ses fleurs. L’homme respectait les conventions de la station, Jenard lui en avait assez.

- Docteur Dolèn ? Dit Jenard, plus comme une affirmation qu’une véritable question, le ton quasiment neutre.

- Vous faites erreur monsieur, je ne porte plus ce titre ni aucun autre depuis plus de quinze ans, répondit l’homme, n’osant toujours pas porter son regard vers celui de Jenard.

- Ce n’est pas mon affaire, dit alors Jenard. Pour moi, les capacités intellectuelles qui vous ont permis d’atteindre votre titre n’ont sûrement pas disparu suite à votre condamnation. Surpris par la réflexion, le vieil homme se tourna finalement vers Jenard qui le dominait de sa hauteur. Constatant que Jenard n’avait aucune expression d’autorité envers lui malgré sa position de supériorité, l’homme commença à se détendre.

- C’est trop d’honneur que vous me faites Docteur. Mais bon, dites toujours ce que vous voulez. Le Dr Jenard sortit de sa poche un petit appareil de visionnage qu’il activa avant de le passer au vieil homme. Celui-ci le regarda, impassible, puis son visage arbora progressivement une expression de profond soulagement. Il semblait aux bords des larmes.

- Enfin, dit-il. Vous avez trouvé. Son regard était profondément troublant tant il était doux lorsqu’il dit cela. On avait l’impression qu’un poids immense venait de quitter cet homme, et ce poids immense retiré, il semblait avoir atteint un niveau de plénitude qui ne pouvait que vous atteindre si vous étiez présent.

- Cela ne semble pas vous affliger ? En disant cela, Jenard s’assit à côté du vieillard. Profondément touché par l’homme, il appuya sur la pomme de sa main afin de relancer la production d’endorphine contrôlée artificiellement dans son corps grâce au procédé Endeurbôme.

- Disons que ce qui me reste de capacités intellectuelles savait très bien que ce n’était qu’une question de temps, et que ça m’angoissait plus qu’autre chose.

- Alors pourquoi l’avoir fait ? Le vieil homme rit, puis les larmes lui vinrent aux yeux. Il était dans un état de grâce très instable, il pouvait à tout instant passer de la folie à la plus grande des plénitudes. Jenard, aidé par l’endorphine, réussit à se détacher du moment présent pour ne pas trop en subir les conséquences.

- Que savez-vous de moi monsieur ? Monsieur qui d’ailleurs ?

- Je suis le docteur Jenard, Biochimiste. Je sais que vous avez été l’un de nos plus grands bio-botanistes, et que vous avez même failli diriger cette serre. J’ai aussi eu l’occasion de parcourir les grandes lignes de votre dossier.

- En somme, vous ne savez rien.

- J’avoue, mais ce n’est pas faute de ne pas vouloir. Il ne savait pourquoi il avait dit cela. En fait, ce qu’il voulait c’était que tout cela se finisse au plus vite avec le moins de dégâts possibles pour son psychisme. Mais au fond, il savait que c’était déjà trop tard.

- Vous voulez vraiment me comprendre ? NON ! NON ! NON !

- Je ne suis pas un scientifique pour rien. De plus nous avons tout notre temps. JE SUIS FOU ! POURQUOI OFFRIR UNE COMPASSION DONT JE RECOLETERAI ENCORE LES CONSEQUENCES BIEN APRES LA MORT DE CET HOMME !

- Si c’est vous qui le dites. Allons bon, comment vais-je pouvoir être clair ? Le visage de l’homme passait de la réflexion intérieure à l’expressivité la plus pure, il était étrange d’observer cet homme au bord de la folie qui se rattrapait soudain sur son passé, comme le dernier lien avec une réalité qui ne devait plus avoir beaucoup de sens pour lui. « En tout cas pas d’inquiétude, je ne raconterais pas mon enfance, qui fut normale, ni ma scolarité, qui fut exemplaire. Non, cela n’a rien d’intéressant. Cela le devient seulement au moment de mon mariage, à l’âge de 33 ans, et à la naissance de ma fille deux ans plus tard. Cela correspond à mon admission comme conseiller à la célèbre commission de révision des lois sur la génétique. »

- Vous voulez dire que vous êtes en partie responsable des lois qui vous accablent. QU’EN AI-JE A FAIRE ! ?

- Oui. On appel cela l’ironie du sort, moi j’appelle cela la méchanceté de Dieu. Quoi qu’il en soit, je fus de ceux qui souhaitèrent un renforcement des lois sur les expériences et travaux génétiques. Et bien sûr, je fus aussi d’accord pour que les peines soit plus répressives. Principalement, nous voulions surtout éviter la multiplication des êtres clonés et autres humains nés de nouvelles expériences. Expériences dont le but et la raison d’être étaient parfois très, très incertains. Il est vrai que le renouveau du religieux était à son apogée à l’époque, et cela fut pour beaucoup dans nos décisions. Mais n’oublions pas tout de même que nous étions alors issus d’une génération comprenant 20% d’êtres créés artificiellement, et dont on ne s’était pas véritablement soucié de leur intégration dans le monde. Le taux de suicide chez les artificiels était de l’ordre de 45%. 20% finissaient dans des asiles tandis que ceux qui restaient réussissaient tout juste à former des êtres stables, qui pour la plupart refusaient de fonder une famille. Résultat, nous n’avons pas eu la main légère lors de l’établissement des nouvelles lois.

Suite

 

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