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Par An

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Le jour du roi
(2/2)


Le Coquelet Guénolé


L’œuf brillait au soleil. Le garçon voyait une ombre bouger à l'intérieur.
Quel œuf ! dit-il, admiratif.
C’est Margot la Pie qui l'a trouvé près du jardin du meunier. C'est ce qu'elle m'a dit, en tout cas.
Avec ses cornes l’Escargot roula l'œuf vers lui, le montrant de tous les côtés.
Si tu as une pièce, achète-le. De toute façon, il est occupé.
Antoine lui donna une pièce et prit l’œuf. Il était chaud et lisse.
Mais brusquement il bougea dans ses bras et puis le poussin brisa sa coque.
C’était un drôle d’oiseau !
Tout jaune avec une petite écharpe rouge. De plus, ce petit coquin faisait le pied de grue dans sa coque, en observant Antoine à son tour.
Mais c’est Coq Ci Grue !
L'Escargot le regarda l’air étonné.
Immédiatement, la foule se serra autour d'eux, car tout le monde voulait voir le poussin.
C’est Coq Ci Grue du Grand Cru ! s'exclama la Limace dans sa coquille rose.
Oui, exacte, c’est le fils de la Poule Blanche ! confirma une vendeuse de volailles, qui s'était approchée pour mieux le voir.
Le petit poussin se mit sur ses petits ergots et cria :
Coc-corico ! Je m’appelle Guénolé !
Pauvre petit, fit Mémé, qui apparut dans la foule avec Minou Perché.
C’est lui le roi ! déclara l’Escargot.
Le petit poussin hocha de la tête.
Coc ! Coc !
Surpris par ces événements, le garçon avec le poussin dans ses bras se tourna vers la foule.
Mais quel roi ? leur demanda-t-il.
Vive le nouveau Roi du Pays de Coqualâne !
Vive les Coqs Ci Grue du Grand Cru ! cria la foule autour d'eux.
Assourdi par tous ces cris, Antoine ne comprenait rien. Alors la Limace se glissa vers lui et commença à lui expliquer :
Nous avons déjà eu trois rois. Le premier, Lascoq, était surtout connu pour ses gribouillages sur les murs du marché, que tu peux toujours voir par ici, mais hélas !
Elle fit une triste grimace.
Il a mal terminé, précisa Galopin. Les animaux sauvages n’aimaient pas ses images, et boum ! Ce coq d'Art, ils avaient fini par le manger !
Le deuxième roi, continua la Limace avec un grand soupir, c’était Cocorix, Grand Roi de l’espèce gauloise. Tous les jours il picorait des fèves sur le champ de bataille. Mais, hélas, elle fit une autre triste grimace. Une fois il était tombé sur une espèce de Faisan romain.
Il avait crié "Gare à tes pattes ! ". Et Boum ! raconta Galopin, et il avait aussi mal terminé.
Et enfin, le bon Roi Bagarreur ! La Limace fit une fière grimace.
Pour trouver la fève, il se battait sur tous les champs, comme un petit coq, à tors et à travers.
Il parait qu’il vivait comme un coq en pâte jusqu’au jour de Noël, ajouta l’Escargot.
Et puis "boum " ! Sa vie s’était terminée dans une espèce de casserole dorée. Galopin clôt l'histoire.
Hélas ! Depuis, nous n’avons plus de Roi, soupira la Limace encore une fois avec une triste grimace. De plus, tous les Coqs Ci Grues de la famille royale sont partis.
Ce sont peut-être des migrateurs, dit Antoine en donnant son avis.
Le pire dans tout cela, fit tristement l'Escargot, c'est que des oiseaux violents ont maintenant envahi le château du Grand Duc.
C'est le règne des sauvages ! ajouta Mémé avec Minou Perché dans ses bras. Espérons que ça va changer à partir d’aujourd'hui.
Pourquoi aujourd’hui ? demanda Antoine.
Parce que, aujourd’hui c'est le Jour du Roi ! déclara à haute voix l'Escargot. Et selon la tradition de chez nous, ce midi à quatorze heures, le nouveau roi devrait trouver la fève dans la galette des rois.
De part la loi de notre nature, seulement une espèce de Coq peut servir à faire un Roi, précisa la Limace en faisant une gentille grimace à Antoine, qui tenait le petit poussin dans ses bras.
Dommage pour Guénolé, c'est pourtant lui l'héritier, soupira l'Escargot. Mais hélas ! Le temps vous manque…
Oh, que non ! Ce serait même trop dangereux pour un si petit poussin d'apparaître ! s'écria Mémé, l’air bouleversée. Les vilains oiseaux pourraient le manger… Vous savez bien de quoi ils sont capables !
En route et que ça saute !
La puce Sauttise sursauta sur l’épaule d’Antoine.
On va arrêter le temps pour être à l’heure au château !
Coc-corico ! Au château ! cria de joie Guénolé.
Antoine chercha encore des pièces dans sa poche. Il ne lui en restait qu’une et il la mit dans la fente.

Moulin à Paroles


En quittant le marché, ils prirent la route du Jour. Elle les emmena vers le Fleuve, où commençait le Chemin des Temps. Le suivant, ils arrivèrent vers un moulin, avec une grande roue du temps. Toutes ses meules tournaient et leur joli chant disait :
"Toc ! Tic ! Toc ! "
Boum ! Tu entends des paroles ? s’adressa Galopin à Antoine.
Des paroles ? dit Antoine surpris. J’entends surtout le tic-tac d’une horloge et quelques bruits bizarres…
C’est le moulin à paroles ici, renseigna Galopin. Elles s’envolent comme des papillons, papillons blancs et papillons noirs. Regarde, elles papillonnent ici, dans le pré !
Et c’est quoi comme paroles ?
L’air intéressé Antoine observait les papillons.
De belles paroles, des paroles douces, continua le petit lapin, l’air rêveur. Souvent, quand il m’en manque une, je viens ici pour écouter.
Antoine entendait de plus et plus clairement des paroles :
« ... et maintenant le temps... après le mauvais temps arrivera un temps calme, et puis le beau temps nous attend… »
C’est la radio ! devina-t-il en arrêtant la voiture devant le moulin.
Ils descendirent tous et s'approchèrent de la maison du meunier. Antoine frappa à la porte. Pas de réponse.
Ils remarquèrent que derrière la maison, il y avait un jardin, entouré d'un mur en pierres.
Tout en bas du mur Galopin trouva un trou. La puce Sauttise y sauta immédiatement. Galopin regarda à l’intérieur.
Alors, qu'est ce que tu voies ? lui demanda Antoine.
Boum ! Il y en a des pieds ici ! s'exclama avec une voix étonnée Galopin en s’enfonçant dans le trou.
Quels pieds ? questionna Antoine.
Ecoute, je vois des pieds de loup et à côté, des pieds de veau, répondit le petit Lapin.
J’espère qu’il ne le mangera pas ? ! dit Antoine, qui s'inquiétait pour le veau.
Boum que non ! Ce sont des plantes ! Et puis des poireaux, continua Galopin. Et plus loin sont plantés des pieds de poules et des pieds d’oiseau, dont de jolis pieds d’alouette et même une patte-d'oie rouge.
Etonnant comme jardin, fit Antoine, impressionné. Avec un petit effort, le petit lapin entra finalement par le trou dans le jardin. Quant au garçon, il s'assit près du mur et attendit avec impatience.
Quand Galopin ressortit, il mâchouillait quelques pensées bleues.
C’est vraiment chouette ici ! Il a même planté des choux, apprécia-t-il. Tu veux des capucines ? Il lui en proposa un bouquet.
C’est bien beau tout ça, dit Antoine, en goûtant aussi quelques fleurs, mais le Meunier alors, où est-il ?
Boum ! Galopin tapa sur sa tête. Il n'est pas là. Attends, je vais jeter un coup d'œil en bas de la porte, suggéra -t- il.
Ils retournèrent tous vers le moulin. La porte était toujours fermée mais il avait un espace en bas, juste assez pour que Galopin puisse glisser le nez et les yeux.
Je voie des pieds de chèvres, commença-t-il à raconter.
Très intéressant ! Et des pieds de Meunier, tu en vois, oui ou non ? demanda Antoine impatient.
Boum ! Oui voilà, des pieds de Meunier près des pieds de biche, se réjouit Galopin.
Alors, qu’est ce qu’il fait avec tous ces bêtes ? Antoine était intrigué par les réponses de Galopin.
À mon avis, il dort, répondit le petit lapin.
Il faut le réveiller pour qu’il arrête son moulin, dit le garçon.
Mais oui, sursauta Sauttise sur son oreille, comme ça on aura le temps d’arriver au Château !
Entre temps, en les attendant, le poussin Guénolé restait perché sur le portillon du beau jardin, où il admirait les lilas en fleurs.
Coc-corico ! Regardez, on dirait que le temps s'est déjà arrêté ici ! chantait-il charmé. Il paraît que tous les oiseaux du monde viennent faire leurs nids ici : la caille, la tourterelle et la jolie perdrix, et la jolie colombe qui chante jour et nuit.
Antoine sursauta en jetant une pierre dans le jardin, pour faire du bruit et réveiller le Meunier.

Jaques le Crustacé et l’Éveil de Meunier

Les oiseaux s’envolèrent en criant sur Antoine, mais malgré ces fracas le Meunier continua de dormir profondément.
Soudainement, en mâchouillant encore quelques pensées blanches du jardin, Galopin se tapa la tête :
- Boum ! Je pense qu’il faut chercher frérot Jacques !
- Et pourquoi le penses-tu ? demanda Antoine.
- Parce que je le pense, c’est tout ! Galopin avala le reste de ses pensées. Il faut qu’il sonne ! Boum !
Avec curiosité, Antoine regarda autour d'eux :
Eh, mais qui va donc faire le Jacques ici ?
Tu te souviens du cousin de l’Escargot ? lui rappela la puce Sauttise à l'oreille. Celui qui s’enferme toujours dans sa coque ?
Je me demande, dit Antoine, hésitant, comment un crustacé fait-il pour sonner ?
Ils se dirigèrent néanmoins, ensembles vers une grande coquille fermée au bord du Fleuve. Le garçon tapa sur la coquille.
Toc ! Toc ! Ouvrez-nous la porte, appela-t-il. On cherche le Meunier !
Ce n’est pas le moulin, ici, entendit-il répondre.
S’il vous plaît Jacques, pourriez-vous sonner pour réveiller le Meunier ! C’est urgent ! crièrent Antoine et Galopin ensemble.
D’accord, d’accord, je vais sonner. Répondit enfin Jacques le Crustacé. Aussitôt le téléphone sonna : " Dingue-dongue ! "

Antoine et ses amis coururent alors au moulin. La porte était enfin ouverte et les amis entrèrent à l’intérieur. Dans la pièce sombre, Antoine vit des araignées au plafond et quelques cafards par terre.
Ma foi ! C’est le coquelet Guénolé ! s’exclama un petit bonhomme avec une grande barbe blanche, assis à la table aux pieds de biches.
Coc-corico ! salua de sa tête Guénolé.
Je le savais ! Ce sont les pies qui ont volé l’œuf ! raconta le Meunier. L’autre jour, quand je suis descendu dans mon jardin, j’ai trouvé la pie au nid. Vilains oiseaux !
Justement nous allons au château du Grand Duc, commença Antoine. Monsieur le Meunier, pourriez-vous arrêter un peu votre roue du Temps ? Sinon, nous serons en retard.
Coc ! confirma Guénolé.
Sauttise sautillait sur l'épaule d'Antoine :
Ça va sauter là-bas !
Boum ! ajouta Galopin.
Le Meunier les regarda l’air pensif. Puis il parla.
Attendez que les temps changent. Je suis sûr qu’un jour les Coqs Ci Grue reviendront… leur dit-il. Vous savez, c'est une histoire d'oiseaux migrateurs.
Un jour ? ! Quel jour ? ! Je ne peux pas rester grandir ici ! Que dirait ma maman ? ! Antoine n’avait pas d’accord avec cela.
Coc-corico ! Il faut absolument qu’on aille au château, insista Guénolé. Je dois trouver la fève ! C’est moi le nouveau Roi du pays de Coqualâne !
Mais si vous ne trouvez pas la Fève du Roi, vous risquerez vos vies, prévint le Meunier. Je vous rappelle qu'il y a de vilains oiseaux, qui mangent les poussins. Et de plus, n’oubliez pas la Gueule Noire !
C’est qui ça, encore ? demanda Antoine.
C’est le chef de la bande, on dit que c’est une bête féroce, répondit le Meunier.
Bon, ce n’est pas grave, fit Antoine. On verra ça sur place.
Bonne chance, alors !
Le Meunier prit une échelle avec des pieds de chèvres, et monta au plafond pour arrêter la grande roue du temps.
Dépêchez-vous ! Je ne peux pas la retenir éternellement, leur dit-il. Et prenez donc la pièce sur la table, c’est la dernière qui me reste.
Merci, monsieur le Meunier ! Je voudrais aussi prendre un peu d’eau de temps pour ma mère, dit Antoine. Cela lui fera plaisir, car elle n’a jamais le temps.
Il sortit de la maison et remplit sa gourde dans le Fleuve du Temps. Il ressentit aussitôt des petites gouttelettes tomber sur ses genoux.
Boum ! Elle fuit ta gourde, remarqua Galopin.
C’est vrai qu’il nous échappe toujours, le temps… confirma le Meunier sous le plafond.
C’est pas grave ! dit Antoine. Si nous nous dépêchons, il en restera quand même un peu pour ma mère.
Puis le garçon mit la pièce dans la fente et redémarra sa voiture.

 

Dans un Coin Perdu

J’espère que nous sommes sur la Bonne Route ! Antoine regardait autour de lui. Il lui semblait que maintenant, la voiture roulait sur un chemin forestier.
Regardez ces jolies violettes, et voilà de l’aubépine, et de l’églantier, lança Galopin en tentant d’attirer l’attention.
A son tour Antoine remarqua une cigale sur une brindille et arrêta la voiture.
Coc ! dit Guénolé, si la Cigale y dort, il ne faut pas la blesser.
C’est le chant du rossignol qui viendra la réveiller, chantonna Sauttise à l'oreille du garçon.
En effet, dès que le Rossignol chanta tout là-haut dans le ciel, la Cigale, à son tour, se mit à jouer une musique folle et assourdissante.
Coc-corico ! Je voudrais bien inviter la Cigale et le Rossignol à mon château, déclara Guénolé.
Comme cela, on pourra faire une grande fête royale, avec un concert d'oiseaux, lui suggéra Antoine.
Dans ce cas-là, n’oublie pas non plus la Fauvette, avec son doux gosier, conseilla la puce Sauttise, leur montrant un petit oiseau gris sur une branche d’églantier qui les observait l’air curieux.
Les oiseaux et la Cigale rejoignirent ainsi la compagnie.
Tout le monde continua le route en chantant :

Mou-che - Mou-che-let-te !
Demain c'est la fê-te !
Boum ! Boum !

La voiture s’enfonça dans la forêt.
" Broum ! Broum ! Psh… " et voilà qu’elle s’arrête devant un grand chêne.
Antoine chercha en vain dans ses poches, il n’avait plus de pièce pour redémarrer.
Des papillons noirs voletaient en l’air.
Du haut du grand chêne, un grand hibou sombre sortit de son nid et leur jeta un mauvais regard.
Bouh-bouh ! Ça c’est chouette  Loup ! Loup ! Où es-tu ? Viens vite ici ! cria-t-il d'une voix méchante. Entends-tu ? Que fais-tu ?
Il cherche sa culotte, marmonna Antoine en ramassant une pierre par terre. Tais-toi ! Et il lui jeta la pierre pour l’effrayer. Puis il demanda à Galopin :
Où sommes-nous ?
Boum ! Dans un Coin Perdu, répondit d'une voix tremblante le petit lapin, qui n’était vraiment pas rassuré à cause du loup...
N’aie pas peur, il n’y a pas de loup ici, essaya de dire Sauttise pour le calmer.
S’il y avait un loup, il nous mangerait tous, chantèrent le Rossignol et la Fauvette en se moquant de lui.
Il faut quand même vite trouver la sortie, s’inquiéta Antoine en regardant dans sa gourde. Il restait encore assez de temps.
Et à ce moment, le poussin Guénolé se mit sur ses petits ergots et cria :
Coc-corico ! Coc-corico ! Regardez, ça alors !

Aux pieds du grand chêne ils virent, assis sur une botte de foin, le Vieux Lapin avec son horloge.
Une aiguille est tombée, expliqua-t-il avec grande inquiétude, et je ne sais plus quelle heure il est. On dirait bien un temps mort…Il leur montra son horloge, où une seule aiguille pointait vers l’image d’un loup noir en chapeau blanc.
Je trouverai l’aiguille. Et que ça saute ! Et d’un seul mouvement la petite puce plongea dans la botte de foin.
En cherchant de la sorte, je ne sais pas bien ce qu’elle trouvera, commenta le Vieux Lapin.
À ce moment précis, la puce sortit avec une fève.
Hour-ra ! se réjouit Antoine en la prenant.
Un instant, s'il vous plaît ! dit la puce. Je repars chercher l’aiguille, pour que le Vieux Lapin puisse réparer son horloge.
Démarre ta voiture, Antoine ! Et allez par-là, dit le Vieux Lapin en leur montrant la flèche sur le chêne, où il était marqué : " Toutes directions »"
Tous les chemins mènent d’ici aux Quatre Coins, et puis ensuite, vous prendrez le raccourci à l’envers, expliqua-t-il.
Attendez-moi ! Je l’ai ! J’ai trouvé l’aiguille ! cria la puce en sautant au milieu du foin. Le Vieux Lapin la fixa immédiatement sur le cadran de son horloge.
Dépêchez-vous ! Maintenant le temps n’attend plus du tout !

En roulant tout droit, ils arrivèrent finalement aux Quatre Coins, où il y avait quatre flèches : Coin Perdu, Bon Coin, Coin d’un Bois, le Petit Coin. Le château du Grand Duc était dans la direction du Bon Coin.
Ayant remarqué un petit chemin en sens interdit, Antoine fit un demi-tour avec sa voiture et prit ce chemin à contresens.

 

Au Château du Grand Duc


Le petit poussin se mit sur ses petits ergots et chanta :
Coc-corico ! Coc-corico ! Enfin, nous sommes dans un Bon Coin !
Galopin sauta de joie :
Boum ! Boum !
Sauttise sautilla sur la tête de Galopin :
Ça va sauter !
Antoine accéléra vers le château du Grand Duc dont les portails étaient grand ouverts pour laisser entrer les visiteurs. Les drapeaux avec une image de coq couronné flottaient sur les tourelles.
Sans hésitation, Antoine entra dans la cour et se gara près d'un pont.
Entre cris et caquetage il regarda autour de lui. On aurait dit que la cour était remplie de crêtes de coq.
Des corbeaux, des corneilles et des pies survolaient cette basse-cour improvisée.
Il y en a du monde pour chercher une fève ! remarqua Antoine en descendant de sa voiture.
Que ça saute ici ! s'excita la puce Sauttise. Mais seulement un coq peut être le Roi ! C'est ça la loi !
Les pies et les corbeaux ne le pourront pas ! chanta le Rossignol.
Regardez-moi ça : Coq Héron et Coq Huppé sont là, leur montra Galopin avec sa patte.
Et Coq Faisan ! En voici un coquin, ajouta Sauttise.
Regardez ce Coq des Bois, et là-bas un Coq de Roche et puis un Coq de Marais ! On les connaît tous, chantèrent le Rossignol et la Fauvette.
Il y a même le fameux Coq d’Inde, qui est farci de blagues, remarqua la Cigale. J’espère qu’il ne va pas nous jouer des tours.
La dernière fois que je l'ai vu, il a fait d'une mouche un éléphant, confirma Galopin.

Une crevette rose se présenta devant eux.
Je m'appelle Sali Coque, dit-elle. Je suis hôtesse d'accueil. C’est par-là l’entrée !
En traversant la cour sous des regards curieux, elle les accompagna dans une grande salle à l'intérieur du château.
Comme la cour, la salle était remplie d'oiseaux et de bêtes de toutes sortes.
- Ça, c’est du gâteau ! exclama le petit lapin. Galopin, admiratif, fixa des yeux une énorme galette sur la grande table ronde, autour de laquelle tous les chercheurs de fèves s’installèrent, chacun à sa manière.
Avec des regards menaçants, une bande de corbeaux noirs et de choucas, ayant survolé la salle, se posèrent sur la table.
En voilà une Galette des Rois ! Antoine l’apprécia, en s’approchant aussi de la grande table.
J’aime la galette quand elle est bien faite, surtout quand il y a une fève dedans ! chanta-t-il.
Mais qu’est ce que t’a dit Maman : "Ne touche à rien ici ! " dit le Vieux Lapin sur une grande chaise.
Sa vieille horloge était posée près de sa chaise, et Antoine remarqua que les deux aiguilles pointaient presque vers une galette avec sa couronne d’or.
Tu as rattrapé l’heure ! Bravo ! le félicita celui-ci.
Et il en reste même encore pour Maman, dit Antoine en regardant dans sa gourde. Puis il s'assit avec coquelet Guénolé, à coté du Vieux Lapin.
Puis-je avoir une part de la galette ? demanda-t-il.
Fais plutôt attention, lui répondit le Vieux Lapin. Tout peut changer très vite ici, et même tourner mal.
Galopin s’installa à côté de lui sur une autre chaise.
En face de Guénolé se posa aussitôt sur la table un grand oiseau noir. Lui lançant des regards noirs de son œil perçant, celui-ci commença à nettoyer son long bec noir pointu.
C’est un choucas ! devina Antoine.
Coc ! Je n’aime pas ces oiseaux si nombreux ! Ils vont trouver la fève avant nous ! dit Guénolé en panique.
Le Vieux Lapin retourna vers Antoine.
Sais-tu chercher la fève à la mode de chez nous ? questionna-t-il.
Quelle mode ? demanda Antoine
Evidement, avec les pattes ou le nez, expliqua Galopin.
Pouah ! C’est dégoûtant ! remarqua Antoine. Ils vont manger la galette avec leurs sales pattes et leurs becs ? !
Coc ! Il faut absolument que je trouve la fève, s’inquiéta Guénolé dans ses bras. Sinon je sens que les choses tourneront mal 
Sinon tu passeras à la casserole, dit le Vieux Lapin en leur montrant la porte de la cuisine, et d'où on voyait une grande bête sortir avec une casserole entre les pattes et un chapeau de cuisinier sur la tête.
Le loup ! chouchouta Galopin blanc de peur.
Le loup était habillé d’une chemise, et portait aussi un pantalon, des bottes et même des lunettes de soleil. Il avait plus que tout une effroyable gueule noire.
Grrr ! Appelez-moi Maître Coq, tout simplement ! se présenta-t-il à tout le monde. À ce titre, je vais donc chercher la fève comme tous les autres coqs ! Hé-hé ! La bête rit de sa voix rauque, contente de sa blague.
C'est ça son astuce ! comprit le Vieux Lapin.
Galopin se tressaillait de peur.
La Gueule Noire ! lamenta-t-il.
Il me semble bien voir là le Méchant Loup, confirma Antoine.
Le Vieux Lapin, le seul, garda son sang froid.
À l’heure sonnée on commencera, dit-il en regardant son horloge. Préparez-vous ! Prêts ? !

 

La Gueule Noire


" Dingue-dongue ! Dingue ! "
La vieille horloge sonna au son éraillé.
L’heure a sonné ! déclara le Vieux Lapin.
Et que ça saute ! ajouta Sauttise.
La foule des oiseaux se lança sur la galette. Les miettes partaient dans tous les sens comme pendant une tempête de sable. Affolé, Galopin se cacha sous sa chaise. Protégeant sa tête des oiseaux avec les mains, Antoine se coucha sur la galette devant lui.
Allez ! Dépêchez-vous ! dit-il à Guénolé et Sauttise. Cherchez-la, pendant que je vous couvre.
Ce n’est pas un jeu de puce ici, remarqua Sauttise en sautant dans la galette. Guénolé la suivit sous la croûte croustillante. Antoine les attendait en chassant les oiseaux qui s’approchaient. Un moment plus tard Sauttise réapparut toute seule.
Je l’ai vue ! Je l'ai trouvée ! dit-elle à l'oreille d’Antoine. Elle est là la fève ! Mais Guénolé n’arrivera pas à la sortir tout seul. Il est encore petit.
Bon, montre-moi où est la fève, dit Antoine, dégageant une de ses mains et l'enfonçant dans la galette derrière la puce Sauttise. À travers la pâte d'amande qui lui arrivait maintenant jusqu'au coude, il sentit finalement quelque chose de dur…
Ça y est ! Je la tiens !

Antoine hissa Guénolé au bout de ses bras et l’assit sur la fève en forme de coq en couronne d’or. Le petit poussin se mit sur ses petits ergots et cria :
Coc-corico !
Vive le roi Guénolé ! chantèrent le Rossignol et la Fauvette, qui après avoir fait un tour de salle, s'envolèrent par la fenêtre. Les autres oiseaux chantaient la bonne nouvelle en survolant le pays :
Vive le Roi du pays de Coqualâne !
Vive le Roi Guénolé de la famille des Coqs Ci Grue du Grand Cru !
La Cigale partit aussitôt chercher l’orchestre de cigales et de grillons pour que la fête commence.
Le mêlée sur la galette s’arrêta d’un coup.
Quelqu’un a déjà trouvé la fève ! ? criaillait le Coq Faisan.
Il est grand, le roi ? s’intéressa à son tour le petit Coq de Roche.
Un poids de coq, évidemment, lui répondit le Coq d’Inde.
Et qu’est ce que va dire maintenant la Gueule Noire ! ? demanda le Coq des Marais.
Grrr ! Pas si vite, mon petit coco ! rugit la Gueule Noire. Que le garçon rende la fève de Grue couronnée et en échange je lui donnerai... Le Loup se tut pour réfléchir.
Karr ! Des pois ? lui suggéra la Corneille.
Grrr ! Non, pas ça… brailla la Gueule Noire.
Karr ! De beaux yeux ? crailla le Corbeau Noir.
Un tas de billes ! jacassa Margot la Pie. De jolies billes brillantes et lisses !
Jamais ! ! ! dit fermement Antoine.
Et voilà ! Il ne veut pas ! jacassa la Pie.
Grrr ! Alors, tous les deux à la casserole ! hurla la Gueule Noire de sa voix rauque, en donnant l’ordre aux corbeaux de les rattraper.
Les corbeaux s'envolèrent dans la salle.
Karr ! Cherchons à quelle sauce l’enfant sera mangé ! croassa le Corbeau.
Karr ! On va le mettre à frire ! criailla la Corneille.
Karr ! On voudrait le fricasser ! croassa le Choucas.
Ce sera un bon coquelet ! jasa la Pie.
Ah, non pas ça ! s’exclama Galopin, en tirant Antoine avec Guénolé hors de la salle.
La Gueule Noire, armée de sa casserole, les poursuivit.
Protégeant Guénolé dans ses bras, Antoine courrait, comme un lapin, de toutes ses forces à côté de Galopin.
La voiture était garée juste après le pont, qui était déjà envahi par la foule.
Tout le pays, averti par les oiseaux, avait arrivé pour danser et fêter le nouveau roi. L’orchestre des cigales jouait une musique joyeuse et dansante.
Pour éviter la foule, la Gueule Noire galopait sur le bord du pont. Antoine entendait des pas de loup derrière lui. Mais soudainement quelqu'un bondit de la foule.
C'était Minou Perché, qui sauta à la gorge du loup. Surpris par ce chat à la gorge, celui-ci perdit l’équilibre et tomba à l'eau. Il roula dans le ruisseau, hurlant de rage.
Grrr ! Tous à la casserole ! Attrapez-les ! s'égosillait-il.
Du calme ! Du calme ! Elle meurt de soif de vengeance, la grosse bête ! Sur le pont, Mémé lui tendit le gobelet :
Bois la tasse !
La Gueule Noire but la tasse et avala un crapaud avec, ce qui lui coupa complètement la parole.
Entre-temps Antoine et ses amis regagnèrent la voiture.


Midi à Quatorze Heures
dans le Champ
des Fèves Magiques


La bande des corbeaux noirs poursuivait la voiture.
Antoine accéléra vers la route des Champs qui traversait le champ de fèves. En roulant, il ramassa une poignée de fèves fraîches, ainsi il espérait pouvoir rouler longtemps.
Attention, au milieu du champ, il y a un trou noir, prévint Galopin. Mais de l’autre coté, les oiseaux n’osent pas voler dedans !
Antoine avait toujours peur dans le noir, mais les vilains oiseaux ne cessaient de les poursuivre, et il décida à rouler vers le milieu du champ.
A vrai dire, je ne sais pas où mène ce trou noir, dit Galopin hésité, en scrutant le ciel avec inquiétude.
Oh, non, pas ça ! lamenta-t-il soudainement. Ils virent en face d’eux un gros nuage sombre s’approcher à grande vitesse.
Nous sommes pris au piège, nous n’arriverons pas au trou, désespéra Antoine. Ce sont aussi de vilains oiseaux !
À l'étonnement général, cette nuée de grands oiseaux étranges attaqua la bande de corbeaux et de pies et la prit en chasse…
Coc-corico ! chanta Guénolé en battant des ailes. Ils sont revenus, tous les Coqs Ci Grue ! Un, deux, trois…
Le petit poussin décolla vers les Coqs Ci Grues, qui avaient fait demi-tour pour l’attendre.
Hourra ! Et que ça saute ! se réjouirent Galopin et Sauttise, en sautant de la voiture dans le champ de fèves.
Hourra ! Hourra ! Vive le roi Guénolé ! chantaient le Rossignol et la Fauvette haut du ciel.
Antoine regarda le ciel en sautillant, lui aussi, dans sa voiture. Il ne remarqua pas qu'il se trouvait déjà au beau milieu du champ.
La voiture tomba dans le trou noir…
Ah, maman ! cria Antoine en fermant les yeux de peur.
Et de loin lui parvenait la voix de sa mère.
Antoine, tu m'entends ! l'appela-t-elle. Mais comment donc as-tu réussi à démarrer cette voiture, d’autant plus que tu n’avais pas de pièce, je me demande bien ? Et c'est quoi cette vieille gourde ? Est-elle vide ?
Antoine ouvrit les yeux et vit maman avec son caddie plein d’achats. Il était seul dans la voiture de course, devant la grande maison de poupée. Il desserra sa main et vit une fève, en forme de coq en couronne d’or.
Ils sont revenus les Coqs Ci Grues ! dit-il.
Qu’est ce que tu dis ? lui demanda Maman.
J’ai rencontré des Coqs Ci Grues ! Ils sont revenus !
Antoine descendit vite de la voiture et regarda par la fenêtre à l’intérieur de la maison de poupée.
Elle était vide.
Seul un fauteuil se balançait comme si on venait de le quitter, et les deux grandes aiguilles de l’ancienne horloge montraient soit midi, soit quatorze heures.


Fin

 

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