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Par novembre94

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Chat alors !


René promenait son chien Filou à la lisière d'un bois. Filou n'était pas attaché, il gambadait librement, courant après les papillons. Filou aperçut un lapin au détour d'un bosquet et s'élança à sa poursuite à travers bois malgré les appels de René.

René courut à leur suite aussi vite qu'il pût, mais perdit bientôt leur trace. Il appela longuement son chien, s'aventurant plus profondément dans les bois. Un peu désorienté, il découvrit une masse de rochers camouflée par la végétation. Toujours aucune trace de Filou.

S'approchant des rochers, il entendit un bruit sourd pareil au ruissellement d'une lointaine rivière. Contournant l'obstacle, il vit une anfractuosité à la base d'un rocher. Le bruit venait de là. Curieux, il tendit l'oreille. Cela ne ressemblait pas tellement au bruit du ruissellement. Il appela son chien. Pas de réponse. Peut-être était il entré dans ce trou et qu'il ne pouvait l'entendre. Il se décida à explorer cette curieuse petite grotte.

René se mit à quatre pattes et commença son exploration. La lumière pénétrant par différentes failles dans le bloc rocheux était suffisante. Après une petite partie plane, le conduit se mit à descendre progressivement. La lumière ne venait plus du dehors, mais de petits cristaux encastrés dans la roche. René appela Filou et tendit l'oreille pour guetter sa réponse. Le bruit entendu à l'extérieur devenait ici plus net. On aurait dit comme une voix un peu cristalline. Curieux tout de même ces phénomènes acoustiques souterrains se dit René.

Il continua sa progression. Le tunnel s'assombrissait au fur et à mesure de sa descente et René fut sur le point de renoncer quand il aperçut de la lumière une dizaine de mètres plus loin. Il avança rapidement et déboucha dans une cavité assez grande pour qu'il puisse se mettre debout. Filou était là mais il lui tournait le dos. Pourquoi n'avait il pas aboyé quand il l'appelait ? Qu'est ce qui pouvait bien attirer son attention à ce point là ? Et d'abord, d'où venait cette lumière ? Il n'y avait pas de faille dans le rocher à cet endroit précis.

Au milieu de la cavité, il y avait comme un espèce de puits rempli d'une eau très claire. La lumière venait du fond ce puits et c'est cela qui semblait captiver l'attention du chien. René s'avança et son regard se porta sur ce que regardait Filou. Effrayé, il eu un mouvement de recul, mais Filou ne bougea pas. Un visage le regardait dans l'eau, celui d'une jeune fille qui lui souriait.

Rassuré par le calme de son chien, René risqua un nouveau coup d'oeil dans le puits naturel. Oui, il y avait bien une jeune fille, et bien que sa tête soit dans l'eau elle ne semblait pas s'être noyée, au contraire, elle souriait et c'est son chant qu'on entendait. Malgré son sourire, René la trouva bien pâle et même triste.

La jeune fille s'arrêta de chanter et lui dit: « Je t'attendais, René ! ». Surpris, il lui demanda comment cela pouvait être possible: elle ne le connaissait pas. Comment pouvait-elle connaitre son prénom ? Et puis, comment s'appelait-elle ?

Elle dit s'appeler Chloé, être une sorte de fée. Elle vu passer Filou près des rochers et l'a appelé, puis ce fut le tour de René. Une fée sait lire dans le coeur des gens. Chloé lui dit que c'était sa destinée qu'ils se rencontrent et elle lui raconta sa vie.

Chloé n'avait pas toujours eu l'apparence d'une jeune fille. C 'était autrefois une petite chatte bien polissonne qui n'en faisait qu'à sa tête. Un jour, chassant des mulots, elle en suivit un jusque dans la grotte malgré les recommandations de sa mère qu'elle n'écoutait jamais. Le mulot arriva dans la cavité et plongea dans le puits naturel pour échapper à la chatte. Celle-ci, emportée par son élan, plongea à sa suite.

La chatte se sentit aussitôt prise au piège, retenue contre son gré dans le puits alors que le mulot refaisait surface et réussit à se hisser hors de l'eau. Elle entendit le mulot lui dire ceci: « Petite imprudente ! Tu n'en fais qu'à ta tête ? Eh bien te voilà punie. Je t'ai emmenée ici où tu resteras prisonnière jusqu'à ce qu'un humain vienne libérer l'eau de ce puits, dont un éboulement a bouché l'extrémité. »

Le mulot disparut et la chatte se transforma en cette jeune fille au teint pâle et triste. Elle pleura et gémit pendant des semaines, mais rien ne changea. Elle se mit alors à regretter sincèrement de ne pas avoir écouté sa mère, puis elle se mit à chanter pour bercer sa solitude. Cela dura des années sans que personne ne prête attention à son chant, jusqu'à ce jour ou Filou est entré dans la grotte, suivi de René.

Chloé pria René de trouver l'extrémité du puits naturel et de le déboucher pour rendre à l'eau sa liberté et tirer Chloé de ce maléfice. Le garçon lui promit de l'aider, mais que pouvait-il faire ? Il ne pouvait pas plonger dans ce puits qui semblait profond, il se serait noyé. Il ne pouvait pas non plus creuser la terre autour des rochers sur une si grande profondeur. Après avoir promis à Chloé de revenir, il ressortit avec Filou à l'air libre pour examiner les alentours du bloc rocheux, qui était de belle taille.

Il mit près d'une demi-heure à en faire le tour, mais il ne vit rien qui fût en contrebas de la cavité. La forêt était certes située sur une petite colline, mais le bloc rocheux était sur la partie aplatie du sommet. Devrait-il faire le tour complet des flancs de la colline ? Ça lui prendrait plusieurs jours, et il commençait à avoir faim et froid. Il devrait rentrer chez lui avant. Il devrait demander de l'aide à ses parents et à ses amis.

Il en était là de ses réflexions quand Filou pénétra dans une haie de ronces au pied d'un rocher et qu'il l'entendit gémir. Il l'appela, et Filou se mit à aboyer. Le son lui parut atténué par rapport à la distance ou se trouvait le chien. Écartant les ronces, René se faufila à la suite de Filou et manqua de tomber dans un trou. Les ronces cachaient une faille dans laquelle Filou était tombé. La faille se prolongeait en souterrain sur une trentaine de mètres, en direction de la lisière de la forêt, avant de rejoindre un ravin. Il eut fallu un coup de chance pour que René fasse le lien entre le ravin et le bloc de rochers, et cette chance c'était Filou qui la lui avait offerte.

Bien que profonde, la faille n'était pas trop abrupte. Elle descendait en biais, certes rapidement, mais en se laissant glisser on pouvait atteindre le fond sans trop se faire mal, sinon Filou se serait cassé une patte ou même pire. Le chien aboyait et sautait ou fond ce cette mince gorge naturelle, il n'avait donc rien de cassé et si lui y était parvenu, René pouvait le faire aussi.

René se mit a descendre avec précaution. De temps à autre il devait se laisser glisser, parfois tomber, mais toujours sur de petites distances. Il s'écorchât les genoux sur les rochers, salit ses vêtements, mais pût rejoindre Filou au fond de la faille. De là, il voyait le ravin trente mètres plus loin. C'était là le lit d'un ancien petit ruisseau, à sec depuis fort longtemps. Du côté de la source, il y avait un amoncellement de terre qui avait dû glisser des bords de la faille. Dieu sait ce qu'il y avait sous cette terre et René n'avait pas d'outil.

Filou se mit a creuser avec ses pattes et René lui prêta main forte avec ses mains, mais bientôt ce qu'il craignait se révéla exact: il n'y avait pas que de la terre mais aussi des rochers, certes à la portée d'un adulte, mais trop gros pour un enfant comme lui. Il descendit la faille en direction du ravin dans l'espoir de trouver de quoi l'aider. Il ne trouva que quelques branches mortes qui cassèrent quand il exerça une force dessus.

Continuant son exploration du ravin, il tomba sur des détritus et d'autres objets abandonnés dans ce qui était devenu une décharge sauvage. Décidément, se dit René, il y a des gens qui ne respectent pas la nature. Quel dommage ! Et la pollution dans tout ça ? Il se promit de revenir sur les lieux nettoyer le ravin avec ses parents, mais pour l'instant il avait une tâche plus importante à faire. Il y avait dans le tas d'ordures une cornière métallique rouillée, mais encore solide. René pris son mouchoir et le mis autour d'un bout de la cornière pour éviter de s'écorcher les mains et il la tira à lui. Fort de ce nouvel outil, René retourna à l'ouvrage à la source de l'ancien ruisseau.

René se servit de la cornière pour creuser autour du rocher qu'il ne pouvait déplacer. Se servant d'un autre caillou et de la cornière comme bras de levier, il réussit à le déplacer légèrement, mais pas assez pour le faire rouler hors de son logement. Et dire qu'il y en avait plein d'autres ! Faudrait-il renoncer et revenir demain avec des adultes et des outils ? Encore un ultime effort et on rentrera prévenir les parents.

Une nouvelle poussée sur la cornière aussi fort qu'il pût ne suffit pas à libérer le rocher, mais René aperçut une mince trainée humide sous le rocher. L'eau était là, elle n'était pas très loin. Cette pensée lui donna du baume au coeur et il redoubla d'efforts, creusant autour du rocher avec la cornière, dégageant d'autres cailloux plus petits, essayant à nouveau de déloger le rocher avec son levier improvisé, mais rien n'y fît. Rien que la mince traînée d'eau qu'y s'était élargie pour devenir filet, puis jet d'eau.

René était épuisé. Il lui faudrait encore remonter les parois du ravin pour pouvoir rentrer chez lui et il n'avait plus de force. Il fallait renoncer et remettre ce travail à demain avec l'aide des adultes. C'en était de trop, il n'en pouvait plus. La mort dans l'âme, René redescendit dans le ravin puis commença à escalader la montagne d'ordures pour sortir du ravin.

Un petit craquement se fit entendre, qui fit de retourner Filou. Il venait de la source. Un autre craquement lui fit place, puis un troisième. Le filet d'eau qui avait grossi, avait poursuivi son travail de sape. Il emportait au fur et à mesure la terre qui scellait les rochers, et la poussée de l'eau de l'autre côté de l'éboulement commençait à produire son effet. Un craquement plus important que les autres et le plus gros rocher se trouva éjecté de son logement. Un énorme jet comme surgi d'une bouche à incendie commença à remplir le fond du ravin. René et Filou finir d'escalader le tas d'ordures et se précipitèrent vers l'entrée de la grotte pendant que l'orifice de sortie du puits continuait à s'élargir.

Filou entra le premier, suivi de René. Ils déboulèrent dans la cavité dont l'eau terminait de se retirer. Le puits n'était pas si profond qu'il en avait l'air quand il était plein. Pas de trace de Chloé. Avait-elle été emportée par l'eau ? Allait-il la revoir ? Il s'apprêtait à ressortir quand Filou grogna. Assise sur un rocher dans la cavité, une petite chatte les observait et elle miaula. René pris Chloé dans ses bras et s'en retourna avec elle et Filou à la maison de ses parents. Une nouvelle histoire commençait.


Fin.

 

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